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Vendredi, 16 Novembre 2012 21:56

Aux origines du terrorisme: les illusions de l'hyperpuissance américaine.

Rédigé par  JL
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La superpuissance américaine transformée en puissance globale par l'effondrement de l'URSS rencontre logiquement de nouveaux ennemis à la fin du XXème siècle. Paradoxalement, ces nouveaux ennemis ne se sont pas tous construits dans une opposition radicale à l'interventionnisme américain. Au contraire, ils en sont plutôt le produit. Cela s'observe particulièrement bien lorsque l'on étudie l'histoire de deux Etats ayant joué un rôle important dans le développement d'un terrorisme hostile aux intérêts américains et occidentaux: l'Iran et l'Afghanistan.

Aujourd'hui, la République islamique iranienne apparait comme un adversaire résolu de l'hyperpuissance américaine ayant financé des organisations hostiles aux intérêts israéliens et américains au Proche-Orient comme le Hamas et cherchant à se doter de la bombe atomique. Pourtant, les relations entre les Etats-Unis et les fondamentalistes religieux iraniens n'ont pas toujours été aussi tendues. Lors de la révolution iranienne ayant abouti au renversement du Chah à la fin des années 1970, les Etats-Unis et le monde occidental n'ont rien fait pour freiner l'ascension des fondamentalistes. Ils ont même été tentés non sans hésiter de soutenir l'ayatollah Khomeiny tout en essayant de le manipuler afin d'éviter à tout prix l'arrivée au pouvoir des communistes en Iran. Le gouvernement français de l'époque permit à ce futur dictateur de trouver refuge en France sans prendre en considération l'opposition catégorique entre l'extrémisme religieux de l'ayatollah et les principes de laïcité qui sont ceux de la République française. Cette stratégie de guerre froide a abouti à l'arrivée au pouvoir en Iran de fondamentalistes certes hostiles aux communistes mais aussi profondément opposés aux valeurs du libéralisme politique occidental. Presque immédiatement après avoir pris le pouvoir en Iran, les fondamentalistes religieux iraniens organisent une prise d'otages américains à Téhéran en prenant pour prétexte l'hospitalisation du Chah à New York. Dans le contexte de la guerre Iran-Irak, la France subit quant à elles de violents attentats en 1986 dans lesquels l'Iran semble impliqué. Les alliés d'hier sont donc rapidement devenus de puissants ennemis.

L'Afghanistan de son côté est aujourd'hui avant tout perçu comme la base arrière qui a permis à Al-Qaïda d'organiser les attentats du 11 septembre avec le soutien des talibans (extrémistes religieux afghans). C'est en effet dans des camps d'entraînement dédiés au djihad (guerre religieuse pour les musulmans) sur le territoire du régime taliban que sont formés les terroristes du 11 septembre comme Mohamed Atta. Cependant, les Etats-Unis et le monde occidental sont en partie responsables de la conquête du pouvoir par les fondamentalistes musulmans en Afghanistan dans les années 1990: les talibans prennent Kaboul en 1996 (voir aussi l'épisode des Bouddhas de Bâmiyân). L'origine du mouvement taliban s'enracine dans la montée en puissance de l'islam radical sur le territoire afghan depuis son invasion par l'armée soviétique. Cette invasion a profondément déstabilisé la société afghane en provoquant d'importants déplacements de population et permis la montée en puissance du fondamentalisme religieux. C'est dans ce contexte que les Etats-Unis ont décidé d'apporter leur soutien à la résistance afghane afin d'empêcher les soviétiques d'étendre leur zone d'influence. Ils ont ainsi aidé des mouvements de résistance plus ou moins modérés sur le plan financier et logistique dans le cadre d'un programme supervisé par la CIA. Parmi les bénéficiaires de cette aide se trouvent les troupes du Commandant Massoud mais aussi des moujahidines (personnes qui prétendent faire la guerre au nom de Dieu) beaucoup plus radicaux dont sont issus les talibans et les membres de l'organisation terroriste Al-Qaïda fondée en 1987. Cette dernière dirigée par Oussama Ben Laden décide après la fin de la guerre en Afghanistan (1989) que les Etats-Unis sont devenus le nouvel ennemi à abattre. Plusieurs attentats visant les intérêts américains sont commis à travers le monde dans les années 1990 avant que n'aient lieu les attentats du 11 septembre 2001 qui déclenchent l'intervention des Etats-Unis et de leurs alliés (dont la France) en Afghanistan. Là encore, les alliés d'hier sont devenus de dangereux ennemis.

Ces deux exemples dont l'histoire précise reste encore à écrire montrent le danger pour les Etats-Unis d'une politique de puissance aveugle et illusoire qui négligerait de façon systématique la question des valeurs politiques et culturelles dans l'établissement de réseaux d'alliance. Dès le discours du 11 septembre 1990 prononcé par George Bush devant le Congrès dans le contexte de la guerre en Irak, certains observateurs comme Arthur Schlesinger faisaient remarquer les dangers qu'il pourrait y avoir à instrumentaliser les principes des Nations Unies afin d'imposer les intérêts égoïstes des Etats-Unis. Toutes ces réflexions débouchent dans les années 1990 sur la notion de "soft power" prenant en compte les questions culturelles mais opposée en tout point à l'idéologie du "choc des civilisations" de Samuel Huntington.

Dernière modification Dimanche, 16 Juin 2013 22:47

JL

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