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Samedi, 08 Octobre 2011 10:53

Origines et conséquences de la Conférence d'Helsinki (1973-1975).

Rédigé par  JL
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Origines et conséquences de la Conférence d'Helsinki (1973-1975). German Federal Archive

La conférence d'Helsinki apparaît avec les accords SALT comme l'apogée de la Détente en Europe. Les origines comme la portée de cette conférence sont l'objet de nombreux débats entre Historiens.

L'idée d'une Conférence sur la Sécurité et la Coopération en Europe (CSCE) est au départ un projet soviétique proposé dès 1954 par le ministre des Affaires étrangères Viatcheslav Molotov dans le cadre de la Conférence de Berlin entre les Quatre grands. L'objectif des Soviétiques était alors la consolidation des frontières en Europe. De leur côté, les pays de l'Alliance atlantique étaient particulièrement méfiants quant à l'organisation d'une telle conférence. Ils exigeaient l'acceptation par les Soviétiques d'un certain nombre de conditions préalables: la participation de plein droit des Etats-Unis et du Canada, la consolidation du statut de Berlin, l'ouverture de négociations sur la réduction des forces conventionnelles en Europe et l'introduction de la question des droits de l'homme (liberté d'expression mais aussi et surtout liberté de circulation). Faute d'évolution satisfaisante dans ces domaines, la situation n'évolua pas jusqu'à l'arrivée de Willy Brandt au pouvoir en Allemagne (1969). Il fut en effet le premier des dirigeants occidentaux à accepter l'idée d'une conférence sur la sécurité en Europe lors de sa rencontre avec Brejnev en 1971 dans le cadre de son Ostpolitik dont la génuflexion de Varsovie constitue le point de départ. Pour lui, l'amélioration des relations avec Moscou et le bloc de l'Est passait nécessairement par une réduction des forces conventionnelles en Europe et la construction d'une Europe de la défense indépendante de l'OTAN. De son côté, la France de Pompidou redoutait qu'une telle politique ne l'entraîne trop loin et préférait que la question de la réduction des forces en Europe soit traitée à part. La peur d'un condominium germano-soviétique en Europe ou d'une finlandisation de la RFA était alors réelle en France.

Pour cette raison, la question de la réduction des forces conventionnelles en Europe fut traitée à part dans le cadre d'une conférence organisée à Vienne (MBFR) à partir de 1973. La Conférence d'Helsinki, qui réunit 33 pays européens dont l'URSS ainsi que le Canada et les Etats-Unis, ne se réfère donc pas à ce problème. Elle concerne essentiellement trois domaines (on parle des trois corbeilles d'Helsinki): les questions politiques, économiques et humanitaires. Les négociations dans ces trois domaines aboutissent au décalogue compris dans l'Accord final d'Helsinki (1er août 1975). Cet accord n'est pas juridiquement contraignant. Cependant, ses conséquences ne sont pas négligeables dans au moins deux domaines. Le point 9 encourage une coopération économique essentielle à cette époque pour le bloc de l'Est et le point 7 qui concerne le respect des droits de l'homme devient à la fin des années 1970 et dans les années 1980 une référence permanente pour les dissidents d'Europe de l'Est qui leur permet de légitimer leur action.

Néanmoins, l'absence de prise en compte des questions relatives aux armements lors de cette conférence rend l'Accord final très fragile. De fait, dès la fin des années 1970, les tensions réapparaissent entre les deux Grands. Lors de la deuxième Conférence sur la sécurité en Europe à Belgrade de 1978 à 1979, le Président Carter reproche aux soviétiques l'absence d'application du point 7. Avec la guerre d'Afghanistan et la destruction par l'URSS du Vol 007 Korean Air Lines, toute discussion sur la sécurité en Europe semble devenue impossible. C'est le retour des tensions qui donne lieu à la "Guerre fraîche" avant l'arrivée de Gorbatchev au pouvoir en 1985. Les Conférences sur la sécurité en Europe sont l'ancêtre de l'Organisation sur la sécurité en Europe créée en 1995 qui permet une concertation sur le plan géopolitique entre Union Européenne, Fédération de Russie et Etats-Unis.

La Conférence d'Helsinki symbolise l'apogée de la Détente en Europe. Elle montre que les chefs d'Etat et ministres des affaires étrangères sont capables d'impulser une politique étrangère originale moins dépendante de celle des Etats-Unis. Elle s'inscrit donc dans la recomposition des relations internationales à partir des années 1970 qui explique en partie l'équilibre des forces que nous connaissons aujourd'hui. Les blocs semblent s'effriter en commençant par leur marge: l'Europe se rapproche de l'Union soviétique alors que les Etats-Unis ouvrent le dialogue avec la Chine soviétique dans le cadre de la stratégie du linkage.

Mais la conférence d'Helsinki révèle aussi les limites de cette Détente. Le bloc soviétique ne parvient pas à adopter des mesures qui garantissent la liberté de circulation et d'expression de ses ressortissants et continue à dénier la liberté des peuples à disposer d'eux-mêmes en Europe orientale jusqu'à l'arrivée de Gorbatchev au pouvoir.

 

L'image qui accompagne cet article est une caricature de Wilhelm Hanel qui illustre l'échec de la conférence de Belgrade. Voir ci-dessous la manière dont le journal télévisé de 20H traite la question en France. L'émission est assez révélatrice du scepticisme qu'éprouve à l'époque le gouvernement Pompidou relativement à la conférence d'Helsinki.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dernière modification Lundi, 17 Octobre 2011 12:31

JL

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