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Mercredi, 06 Février 2013 20:49

La bataille de Stalingrad: du mythe à la réalité. Featured

Rédigé par JL

Avec plus de deux millions de morts, Stalingrad est la bataille la plus meurtrière de l'histoire de la Seconde guerre mondiale et donc de l'histoire de l'humanité. Il s'agit de la seconde défaite de l'armée allemande depuis 1940 (après El-Alamein) et de la première en Europe. Elle met fin au mythe de l'invincibilité de l'armée allemande et de la guerre rapide à l'Est: C'est à Stalingrad que les gonds du destin ont tourné comme l'écrivit Churchill.

Cette bataille est la conséquence de la véritable croisade contre le communisme lancée par Adolf Hitler le 22 juin 1941: l'opération Barberousse. Le communisme représenté sous la forme d'une pieuvre par la propagande nazie est désigné comme un ennemi à abattre pour des raisons idéologiques mais Hitler souhaite aussi s'emparer d'un espace vital (Lebensraum) à l'Est, reprenant ainsi le projet de poussée vers l'Est (Drang nach Osten) en conformité avec ce qu'il avait prétendu dans son livre programme Mein Kampf. Hitler souhaitait non seulement conquérir un vaste territoire à l'Est mais aussi en expulser par tous les moyens les habitants considérés comme inférieurs (slaves et juifs) afin d'y installer des Allemands en conformité avec son idéologie raciste. Dans le même temps, l'Allemagne nazie imaginait pouvoir s'emparer du grenier à blé ukrainien afin d'éviter que l'Allemagne ne soit affamée comme elle avait pu l'être pendant la Première guerre mondiale.

L'armée allemande se lance de toutes ses forces dans la guerre contre l'Union soviétique: 4 millions d'hommes, 3350 chars, 7000 canons, 200 avions, 600000 chevaux. La victoire doit être tellement rapide qu'elle ne prévoit pas de vêtements d'hiver. La guerre que déchaîne Hitler contre l'URSS est une guerre d'extermination qui confond militaires et civils en faisant de la guerre contre les partisans communistes un prétexte aux massacres administratifs. Cette guerre prévue dès l'automne 1940 est voulue par Hitler malgré les réticences des généraux de la Wehrmacht face à l'ouverture d'un second front. Au nom de son expérience d'ancien soldat aguerri, il choisit de prendre toutes les décisions stratégiques dans le cadre de la guerre à l'Est. Il commet ainsi de nombreuses erreurs.

Sa stratégie d'offensive permanente aboutit à l'extension démesurée du front. Après l'échec de la prise de Moscou à la fin de l'année 1941, Hitler redéfinit les priorités de la guerre. Il envoie en direction du Caucase et de Bakou les armées situées au Sud du front de l'Est. L'objectif est de s'emparer du pétrole de la mer caspienne. Sur leur route, les armées allemandes sont censées conquérir la ville de Stalingrad afin d'empêcher l'armée rouge d'utiliser ce noeud de communication pour reprendre pied dans la région. Dans un premier temps, la Wehrmacht parvient à prendre Stalingrad après avoir pris pied sur la colline Mamaïev et écrasé la ville sous un tapis de bombe. Mais la prise de Stalingrad a étendu le front en profondeur et permis à l'armée soviétique d'encercler par le Nord l'armée allemande: c'est le plan uranus imaginé par les généraux Joukov et Vassilievski. D'autre part, l'armée allemande connaît de nombreux revers à Stalingrad défendue par des hommes ou des femmes militaires et civils avec rage malgré leur manque d'équipement (les soldats allemands parlent avec mépris de "Rattenkrieg" ou guerre des rats). Le 31 janvier le général de la VIème armée allemande Paulus se rend et le 2 février les troupes allemandes capitulent définitivement.

C'est une catastrophe pour l'armée allemande dont plus de 100000 hommes sont faits prisonniers ainsi que le maréchal Paulus. D'autre part, elle permet à l'industrie russe située à l'Est de la Volga de dépasser l'industrie allemande dans le domaine militaro-industriel comme le montre la bataille de Koursk à l'été 1943 où la supériorité soviétique en matériel se manifeste pour la première fois. Enfin, c'est à partir de cette date que le prestige de Hitler commence à diminuer en Allemagne et en Europe et que la résistance reprend courage.

Cependant, derrière le mythe de Stalingrad qui commence alors se répandre en Europe, il y a la réalité d'une guerre totale réalisée avec des méthodes totalitaires de part et d'autre. Ainsi, l'interdiction de désertion était mise en oeuvre de chaque côté du front par la police politique qui était chargée d'exécuter tout soldat refusant le combat. D'autre part, il est fort difficile de ne pas s'interroger sur les conséquences paradoxales de cette victoire soviétique comme le fit l'écrivain Vassili Grossmann qui fut présent à Stalingrad en tant que reporter de guerre dans son livre Vie et Destin (1980): « Ce qui se jouait, c'était le sort des Kalmouks, des Tatars de Crimée, des Tchétchènes et des Balkares exilés, sur ordre de Staline, en Sibérie et au Kazakhstan, ayant perdu le droit de se souvenir de leur histoire, d'enseigner à leurs enfants dans leur langue maternelle. Ce qui se jouait […] c'était le sort des Juifs, que l'Armée rouge avait sauvés, et sur la tête desquels Staline s'apprêtait à abattre le glaive qu'il avait repris des mains de Hitler, commémorant ainsi le dixième anniversaire de la victoire du peuple à Stalingrad. ». La victoire de Stalingrad ne fut pas la défaite définitive du totalitarisme: elle fut au mieux le début de la victoire du peuple russe contre le nazisme que symbolise dans la mémoire de nombreux Russes la photo ci-contre d'Emmanuel Evzerikhin.

On pourra écouter en complément l'interview de l'historien Anthony Beevor (auteur d'un livre intitulé Stalingrad (1998) et grand spécialiste de Vassili Grossman) réalisée par Daniel Mermet pour France Inter en 2003 et rediffusée à l'occasion du soixante-dixième anniversaire de la victoire de Stalingrad:

Dimanche, 03 Février 2013 19:25

Qu'est-ce que la féodalité? Featured

Rédigé par JL

La féodalité est un mode d'organisation de la société apparu au Xème siècle fondé sur l'importance des relations interpersonnelles en l'absence d'Etat au sens moderne du terme. Le modèle de cette organisation est la relation de fidélité interpersonnelle entre vassal et suzerain qui s'établit au sein de la noblesse d'épée des chevaliers. Ce modèle sert de référence à toutes les autres relations sociales et imprègnent même le fonctionnement de la seigneurie héritée des périodes antérieures (apparition de la seigneurie politique).

Il s'agit donc d'un phénomène social global. Pour l'historien Marc Bloch, le legs de l'époque féodale aux périodes ultérieures est une question problématique. En liant étroitement la noblesse à l'activité guerrière, la féodalité est à l'origine du sentiment pernicieux de supériorité morale des "gens de guerre" par rapport au reste de la société. Cependant, en donnant au vassal le droit de se révolter contre un mauvais maître, elle est aussi à l'origine d'un esprit de résistance dont notre époque peut encore se réclamer comme le soulignait déjà Marc Bloch dans un ouvrage paru en 1939, un an avant de rejoindre les rangs de la Résistance française.

Si la féodalité a disparu en Europe à partir du XIIIème siècle, ce phénomène suit sur les autres continents une chronologie décalée. D'autre part, des survivances de l'époque féodale perdurent en Europe occidentale durant toute l'époque moderne jusqu'à la Révolution française comme le modèle idéologique de la division de la société en trois ordres qui assure la domination de la noblesse et du clergé en accord avec le roi.

En guise d'illustration de notre propos, nous proposons la vidéo ci-dessous issue de la revue TDC.

En complément, on pourra consulter ce dossier de Francetveducation.

Dimanche, 03 Février 2013 15:31

Ressources sur l'histoire des traites et de l'esclavage. Featured

Rédigé par JL

Depuis les travaux de l'historien Olivier Pétré-Grenouilleau (2004), les historiens privilégient une approche globale de l'histoire de l'esclavage. Il existe sur internet de multiples ressources sur ce thème dont nous proposons ici une liste non exhaustive:

* traites européennes:

- Exposition virtuelle Francetveducation sur l'esclavage

- Dossier CRDP sur l'Histoire et la Mémoire de l'esclavage

* traites non européennes:
- Les esclaves oubliés Documentaire d'Antoine Vitkine (2008) sur la traite négrière arabomusulmane ainsi que le dossier associé.

- La recension par Pétré-Gernouillot du livre de Robert C. Davies intitulé Esclaves blancs, maîtres musulmans.

- Le documentaire tiré du même livre diffusé sur la chaîne histoire.

 

* Le travail forcé et esclavage moderne:

- Afrique 50 de René Vautier (1950)

L'émigration de la main-d'oeuvre philippine : un marché organisé par l'État (2004)

* L'abolition:

- Toussaint Louverture, un héros ambigu

- L'esclavage, une histoire des droits de l'homme (2004)

- L'ONU face à la question de l'esclavage moderne

- La France et la commémoration de l'esclavage

 

Lundi, 28 Janvier 2013 19:51

Le système concentrationnaire nazi: carte interactive. Featured

Rédigé par JL

En cliquant sur la carte ci-dessous, vous accédez à un "document cliquable" qui vous permet d'obtenir des renseignements sur 9 des 20 plus importants camps du système concentrationnaire nazi (Sachsenhausen, Ravensbrück, Auschwitz, Treblinka, Belzec, Chelmno, Theresienstadt, Buchenwald et le Struthof). Ce système fut à l'origine de 3,8 millions de morts dont 250000 Tziganes et 3 millions de Juifs auxquels s'ajoutent 1,3 millions de Juifs fusillés par les Einsatzgruppen et 800 000 morts des suites de la "ghettoïsation":

Chacun de ces camps a été choisi en fonction de sa spécificité dans l'organisation du système nazi de répression-persécution. A vous de trouver lequel d'entre eux a été:

le lieu d'une grande révolte en 1943, le lieu de formation des SS "tête de mort", un élément du discours de propagande nazi, un camp d'exploitation jusqu'à la mort, le lieu où furent installées les premières chambres à gaz, un camp de concentration appartenant à l'actuel territoire français, un camp presque exclusivement réservé aux femmes, le premier camp d'extermination des juifs par le gaz, le plus meutrier des camps de la Seconde guerre mondiale

Quelle est la différence entre l'internement de répression et l'internement de persécution?

Lundi, 21 Janvier 2013 21:39

Bir Hakeim: la première victoire de l'armée française depuis 1940. Featured

Rédigé par JL

Pour de nombreux Français, Bir Hakeim n'est qu'une station de métro parisien de la ligne 6. La récente guerre en Libye a cependant ravivé le souvenir de cet événement important de la Seconde guerre mondiale (cf. Le serment de Tobrouk).

Dès le 13 septembre 1940, le territoire libyen fut entraîné dans la guerre par une offensive italienne contre le Royaume d'Egypte où stationnent alors les troupes britanniques de la VIIIème armée. Comme en Grèce, l'opération est un cuisant échec qui pousse l'armée allemande à intervenir afin de stopper la contre-offensive des troupes britanniques menée par le général Montgomery.

L'Afrikakorps dirigé par le général Erwin Rommel débarque le 14 février 1941 à Tripoli avec pour mission de repousser les forces britanniques et de s'emparer du canal de Suez. Début juin 1942, les forces germano-italiennes poussent les troupes britanniques à évacuer Tobrouk. Dans leur repli, le risque est grand d'être encerclées et débordées par le Sud (voir carte ci-dessous).

C'est dans ce contexte que les troupes de la première brigade française libre remportent une victoire historique à Bir Hakeim. C'est la première victoire de l'armée française depuis la Bataille des Alpes contre l'armée italienne en 1940. Les troupes françaises opposent une résistance efficace à l'armée allemande du 26 mai au 10 juin. Elles permettent aux Britanniques de se réorganiser et d'attendre de salutaires renforts en chars et en hommes. Ce n'est qu'à la demande de repli britannique qu'elles se dirigent vers El-Alamein où elles remportent aux côté des Anglais une seconde victoire contre l'armée allemande.

En 1944, certains membres de cette première brigade participent à la libération du territoire français à partir d'août 1944 dans le cadre de la 1e DFL.

 

 

Pourquoi les Français et les Américains fêtent-ils la fin de la Seconde guerre mondiale en Europe le 8 mai (Victory Day in Europe) alors que les Russes la fêtent le 9 mai (День Победы)?

Cela peut être considéré comme la simple conséquence d'un décalage horaire. De fait, l'armée allemande a cessé le combat le 8 mai 1945  à 23h01 pour le fuseau horaire de Berlin, c'est-à-dire le 9 mai à 1h01 pour le fuseau horaire de Moscou.

Mais c'est aussi la manifestation de désaccords qui sont apparus à la fin de la guerre contre le nazisme entre les deux principaux membres de la Grande Alliance. De fait, Staline avait peu apprécié que la reddition de l'armée allemande soit signée à Reims le 7 mai 1945 au quartier général des forces alliées en Europe dont Eisenhower était le général en chef. Certes, l'acte de capitulation sans condition avait bien été signé par un représentant de Staline, le général Sousloparov. Cependant, celui qui se faisait alors appelé le Vojd (le guide en russe) y voyait la volonté de l'état major allemand (Hitler s'était suicidé le 30 avril 1945 après avoir affirmé que l'Allemagne ne méritait pas de lui survivre) de se rendre aux forces occidentales plutôt qu'à l'Armée rouge. C'est pour cette raison qu'une seconde reddition fut organisée dans la nuit du 8 au 9 mai 1945 à Berlin pour permettre de rédiger des actes de capitulation officiellement reconnus par tous les belligérants. Dès cette époque, Staline était soucieux d'éviter que le prestige symbolique de la Victoire contre le nazisme n'échappe à l'Armée rouge. Les prémices de ce qui allait devenir la Guerre froide était donc déjà présentes.

Avec le recul que rend possible aujourd'hui la fin de la Guerre froide, il est permis de souligner la spécificité de l'expérience soviétique dans le cadre du Second conflit mondial. L'Union soviétique est en effet le pays qui a connu le bilan humain le plus catastrophique. Plus de 20 millions de ses citoyens ont sacrifié leur vie afin d'infliger de lourdes pertes à l'armée allemande (85% des pertes militaires ont été subies sur le front de l'Est) et c'est bien l'Armée rouge qui s'est emparée de Berlin le 2 mai 1945 en commettant les crimes de guerre que l'on sait (voir l'article sur Une femme à Berlin). Ce que les Russes continuent a appelé la Grande guerre patriotique a ses spécificités dans le bon comme dans le mauvais sens du terme.

Pour compléter votre réflexion sur le sujet, vous pouvez avoir recours au ressources suivantes:

- Ressources documentaires sur la capitulation de l'Allemagne nazie et la Victoire de 1945 présentées par Jean-Paul Husson.

- Le dossier documentaire proposé par tv5.org sur le sujet.

Vendredi, 16 Novembre 2012 21:56

Aux origines du terrorisme: les illusions de l'hyperpuissance américaine. Featured

Rédigé par JL

La superpuissance américaine transformée en puissance globale par l'effondrement de l'URSS rencontre logiquement de nouveaux ennemis à la fin du XXème siècle. Paradoxalement, ces nouveaux ennemis ne se sont pas tous construits dans une opposition radicale à l'interventionnisme américain. Au contraire, ils en sont plutôt le produit. Cela s'observe particulièrement bien lorsque l'on étudie l'histoire de deux Etats ayant joué un rôle important dans le développement d'un terrorisme hostile aux intérêts américains et occidentaux: l'Iran et l'Afghanistan.

Aujourd'hui, la République islamique iranienne apparait comme un adversaire résolu de l'hyperpuissance américaine ayant financé des organisations hostiles aux intérêts israéliens et américains au Proche-Orient comme le Hamas et cherchant à se doter de la bombe atomique. Pourtant, les relations entre les Etats-Unis et les fondamentalistes religieux iraniens n'ont pas toujours été aussi tendues. Lors de la révolution iranienne ayant abouti au renversement du Chah à la fin des années 1970, les Etats-Unis et le monde occidental n'ont rien fait pour freiner l'ascension des fondamentalistes. Ils ont même été tentés non sans hésiter de soutenir l'ayatollah Khomeiny tout en essayant de le manipuler afin d'éviter à tout prix l'arrivée au pouvoir des communistes en Iran. Le gouvernement français de l'époque permit à ce futur dictateur de trouver refuge en France sans prendre en considération l'opposition catégorique entre l'extrémisme religieux de l'ayatollah et les principes de laïcité qui sont ceux de la République française. Cette stratégie de guerre froide a abouti à l'arrivée au pouvoir en Iran de fondamentalistes certes hostiles aux communistes mais aussi profondément opposés aux valeurs du libéralisme politique occidental. Presque immédiatement après avoir pris le pouvoir en Iran, les fondamentalistes religieux iraniens organisent une prise d'otages américains à Téhéran en prenant pour prétexte l'hospitalisation du Chah à New York. Dans le contexte de la guerre Iran-Irak, la France subit quant à elles de violents attentats en 1986 dans lesquels l'Iran semble impliqué. Les alliés d'hier sont donc rapidement devenus de puissants ennemis.

L'Afghanistan de son côté est aujourd'hui avant tout perçu comme la base arrière qui a permis à Al-Qaïda d'organiser les attentats du 11 septembre avec le soutien des talibans (extrémistes religieux afghans). C'est en effet dans des camps d'entraînement dédiés au djihad (guerre religieuse pour les musulmans) sur le territoire du régime taliban que sont formés les terroristes du 11 septembre comme Mohamed Atta. Cependant, les Etats-Unis et le monde occidental sont en partie responsables de la conquête du pouvoir par les fondamentalistes musulmans en Afghanistan dans les années 1990: les talibans prennent Kaboul en 1996 (voir aussi l'épisode des Bouddhas de Bâmiyân). L'origine du mouvement taliban s'enracine dans la montée en puissance de l'islam radical sur le territoire afghan depuis son invasion par l'armée soviétique. Cette invasion a profondément déstabilisé la société afghane en provoquant d'importants déplacements de population et permis la montée en puissance du fondamentalisme religieux. C'est dans ce contexte que les Etats-Unis ont décidé d'apporter leur soutien à la résistance afghane afin d'empêcher les soviétiques d'étendre leur zone d'influence. Ils ont ainsi aidé des mouvements de résistance plus ou moins modérés sur le plan financier et logistique dans le cadre d'un programme supervisé par la CIA. Parmi les bénéficiaires de cette aide se trouvent les troupes du Commandant Massoud mais aussi des moujahidines (personnes qui prétendent faire la guerre au nom de Dieu) beaucoup plus radicaux dont sont issus les talibans et les membres de l'organisation terroriste Al-Qaïda fondée en 1987. Cette dernière dirigée par Oussama Ben Laden décide après la fin de la guerre en Afghanistan (1989) que les Etats-Unis sont devenus le nouvel ennemi à abattre. Plusieurs attentats visant les intérêts américains sont commis à travers le monde dans les années 1990 avant que n'aient lieu les attentats du 11 septembre 2001 qui déclenchent l'intervention des Etats-Unis et de leurs alliés (dont la France) en Afghanistan. Là encore, les alliés d'hier sont devenus de dangereux ennemis.

Ces deux exemples dont l'histoire précise reste encore à écrire montrent le danger pour les Etats-Unis d'une politique de puissance aveugle et illusoire qui négligerait de façon systématique la question des valeurs politiques et culturelles dans l'établissement de réseaux d'alliance. Dès le discours du 11 septembre 1990 prononcé par George Bush devant le Congrès dans le contexte de la guerre en Irak, certains observateurs comme Arthur Schlesinger faisaient remarquer les dangers qu'il pourrait y avoir à instrumentaliser les principes des Nations Unies afin d'imposer les intérêts égoïstes des Etats-Unis. Toutes ces réflexions débouchent dans les années 1990 sur la notion de "soft power" prenant en compte les questions culturelles mais opposée en tout point à l'idéologie du "choc des civilisations" de Samuel Huntington.

Lundi, 15 Octobre 2012 10:44

Le problème de la prolifération des armes nucléaires Featured

Rédigé par JL

Depuis 1945 et l'utilisation des premières bombes nucléaires à Hiroshima et Nagasaki, le problème de la prolifération nucléaire et de ses conséquences à l'échelle mondiale est devenu une question centrale pour la survie de notre humanité. Après la crise de Cuba de 1962, l'opinion publique internationale a définitivement pris conscience du risque nucléaire et vit dans la peur d'une catastrophe atomique généralisée ravivée par la découverte des différents programmes nucléaires clandestins (Israël, Iran...) ou d'accidents liés au nucléaire non seulement civil mais aussi militaire (accident de Thulé).

En réalité, la prise de conscience et la dénonciation du danger nucléaire commence bien avant 1962. L'appel de Stockholm initié en 1950 par le physicien communiste français Frédéric Joliot-Curie reçoit ainsi en France plus de 10 millions de signatures de pacifistes d'horizons différents. Le film franco-japonais d'Alain Resnais Hiroshima mon amour qui évoque la question atomique est reçu de façon très positive par la critique mais ne totalise que 250000 spectateurs un an avant que la France ne se dote de sa première bombe atomique en 1960.

1962 correspond avant tout à un changement d'attitude des gouvernements des deux supergrands de l'époque (URSS, USA). Ces derniers prennent définitivement conscience du problème et tentent d'endiguer le risque de la prolifération nucléaire. Le traité de Moscou de 1963 débouche ainsi sur l'interdiction des essais nucléaires dans l'espace. Cinq ans plus tard, le Traité de non prolifération atomique (TNP) est à l'origine de la situation que nous connaissons aujourd'hui. Les cinq puissances qui possèdent alors l'arme atomique sont autorisées à la conserver mais les autres Etats signataires se voient refuser ce droit. Le traité encourage par contre la coopération dans le domaine du nucléaire civil.

Il existe de nombreuses critiques des insuffisances de ce traité. Certains intellectuels et hommes politiques comme le prix Nobel de physique français Alfred Kastler s'engagent contre la continuation des essais nucléaires par leur pays et les investissements dans le secteur du nucléaire militaire (voir vidéo ci-dessous d'une interview réalisée pour la télévision suisse en 1973). D'autres soulignent que le Traité ne donne pas les moyens réels à l'AIEA de contrôler le respect des règles qu'il impose. En effet, certains Etats n'ont jamais signé ce traité (Israël, l'Inde) alors que d'autres s'affranchissent des règles d'un traité qu'ils ont pourtant ratifié (Corée du Nord, Iran).

Force est de constater que le traité n'a pas empêché la prolifération nucléaire faute de cohérence des principaux signataires qui ont continué à organiser des essais nucléaires en encourageant parfois la prolifération mais aussi à cause de la difficulté d'arbitrer entre le droit au nucléaire civil et l'interdiction du nucléaire militaire. Pire, le Traité sur l'interdiction complète des essais nucléaires (1996) ne parvient toujours pas à entrer en vigueur en 2012 malgré les engagements dans ce domaine du président américain Barack Obama.

Comment assurer dans la situation actuelle que les recherches iraniennes dans le secteur nucléaire ne cachent pas l'existence d'un programme militaire nécessairement dangereux si l'on prend en considération les relations tendues de cet Etat avec Israël? Le Moyen-Orient est-il en train de devenir la poudrière nucléaire du monde contemporain?

Pour une vue d'ensemble de la prolifération nucléaire aujourd'hui, vous pouvez télécharger le document pdf ci-dessous (fichenuc) mais aussi utiliser cette carte de synthèse proposée par le site diplomatie-presse.com.

 

NB: La vidéo proposée ci-dessous a été réalisée dans le contexte de la rédaction d'une lettre ouverte publié par le journal Le Monde le 24 mai 1973. Cette lettre ouverte cosignée par Jules Moch, Francis Perrin et Alfred Kastler condamnait les essais nucléaires aériens organisés par la France dans le Pacifique.

Samedi, 08 Octobre 2011 10:53

Origines et conséquences de la Conférence d'Helsinki (1973-1975). Featured

Rédigé par JL

La conférence d'Helsinki apparaît avec les accords SALT comme l'apogée de la Détente en Europe. Les origines comme la portée de cette conférence sont l'objet de nombreux débats entre Historiens.

L'idée d'une Conférence sur la Sécurité et la Coopération en Europe (CSCE) est au départ un projet soviétique proposé dès 1954 par le ministre des Affaires étrangères Viatcheslav Molotov dans le cadre de la Conférence de Berlin entre les Quatre grands. L'objectif des Soviétiques était alors la consolidation des frontières en Europe. De leur côté, les pays de l'Alliance atlantique étaient particulièrement méfiants quant à l'organisation d'une telle conférence. Ils exigeaient l'acceptation par les Soviétiques d'un certain nombre de conditions préalables: la participation de plein droit des Etats-Unis et du Canada, la consolidation du statut de Berlin, l'ouverture de négociations sur la réduction des forces conventionnelles en Europe et l'introduction de la question des droits de l'homme (liberté d'expression mais aussi et surtout liberté de circulation). Faute d'évolution satisfaisante dans ces domaines, la situation n'évolua pas jusqu'à l'arrivée de Willy Brandt au pouvoir en Allemagne (1969). Il fut en effet le premier des dirigeants occidentaux à accepter l'idée d'une conférence sur la sécurité en Europe lors de sa rencontre avec Brejnev en 1971 dans le cadre de son Ostpolitik dont la génuflexion de Varsovie constitue le point de départ. Pour lui, l'amélioration des relations avec Moscou et le bloc de l'Est passait nécessairement par une réduction des forces conventionnelles en Europe et la construction d'une Europe de la défense indépendante de l'OTAN. De son côté, la France de Pompidou redoutait qu'une telle politique ne l'entraîne trop loin et préférait que la question de la réduction des forces en Europe soit traitée à part. La peur d'un condominium germano-soviétique en Europe ou d'une finlandisation de la RFA était alors réelle en France.

Pour cette raison, la question de la réduction des forces conventionnelles en Europe fut traitée à part dans le cadre d'une conférence organisée à Vienne (MBFR) à partir de 1973. La Conférence d'Helsinki, qui réunit 33 pays européens dont l'URSS ainsi que le Canada et les Etats-Unis, ne se réfère donc pas à ce problème. Elle concerne essentiellement trois domaines (on parle des trois corbeilles d'Helsinki): les questions politiques, économiques et humanitaires. Les négociations dans ces trois domaines aboutissent au décalogue compris dans l'Accord final d'Helsinki (1er août 1975). Cet accord n'est pas juridiquement contraignant. Cependant, ses conséquences ne sont pas négligeables dans au moins deux domaines. Le point 9 encourage une coopération économique essentielle à cette époque pour le bloc de l'Est et le point 7 qui concerne le respect des droits de l'homme devient à la fin des années 1970 et dans les années 1980 une référence permanente pour les dissidents d'Europe de l'Est qui leur permet de légitimer leur action.

Néanmoins, l'absence de prise en compte des questions relatives aux armements lors de cette conférence rend l'Accord final très fragile. De fait, dès la fin des années 1970, les tensions réapparaissent entre les deux Grands. Lors de la deuxième Conférence sur la sécurité en Europe à Belgrade de 1978 à 1979, le Président Carter reproche aux soviétiques l'absence d'application du point 7. Avec la guerre d'Afghanistan et la destruction par l'URSS du Vol 007 Korean Air Lines, toute discussion sur la sécurité en Europe semble devenue impossible. C'est le retour des tensions qui donne lieu à la "Guerre fraîche" avant l'arrivée de Gorbatchev au pouvoir en 1985. Les Conférences sur la sécurité en Europe sont l'ancêtre de l'Organisation sur la sécurité en Europe créée en 1995 qui permet une concertation sur le plan géopolitique entre Union Européenne, Fédération de Russie et Etats-Unis.

La Conférence d'Helsinki symbolise l'apogée de la Détente en Europe. Elle montre que les chefs d'Etat et ministres des affaires étrangères sont capables d'impulser une politique étrangère originale moins dépendante de celle des Etats-Unis. Elle s'inscrit donc dans la recomposition des relations internationales à partir des années 1970 qui explique en partie l'équilibre des forces que nous connaissons aujourd'hui. Les blocs semblent s'effriter en commençant par leur marge: l'Europe se rapproche de l'Union soviétique alors que les Etats-Unis ouvrent le dialogue avec la Chine soviétique dans le cadre de la stratégie du linkage.

Mais la conférence d'Helsinki révèle aussi les limites de cette Détente. Le bloc soviétique ne parvient pas à adopter des mesures qui garantissent la liberté de circulation et d'expression de ses ressortissants et continue à dénier la liberté des peuples à disposer d'eux-mêmes en Europe orientale jusqu'à l'arrivée de Gorbatchev au pouvoir.

 

L'image qui accompagne cet article est une caricature de Wilhelm Hanel qui illustre l'échec de la conférence de Belgrade. Voir ci-dessous la manière dont le journal télévisé de 20H traite la question en France. L'émission est assez révélatrice du scepticisme qu'éprouve à l'époque le gouvernement Pompidou relativement à la conférence d'Helsinki.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronologie générale de la Guerre froide comporte d'importantes exceptions dès lors que l'on prend en considération les conflits périphériques qui se sont déroulés loin de la scène centrale européenne. La guerre du Vietnam fait partie de ces exceptions. Elle nécessite de nuancer l'idée d'une période de Détente généralisée dans les relations américano-soviétiques de la crise de Cuba à la fin des années 1970.

La guerre du Vietnam opposa durant presque vingt ans de façon indirecte les Etats-Unis et le bloc soviétique. Elle s'inscrit dans le prolongement de la guerre d'Indochine et des accords de Genève (21 juillet 1954). Alors que ces derniers prévoyaient des élections généralisées dans une période de deux ans afin de réunir la zone Nord dominée par les forces communiste d'Hô Chi Minh à la zone Sud dominée par des forces proaméricaines encadrées par les troupes de Ngô Dinh Diêm, deux Etats que tout oppose s'affirment de chaque côté du 17ème parallèle à partir de 1955. Face au refus de Diêm d'organiser les élections promises, les vietnamiens du Nord décident de réactiver leur stratégie de guérilla au Sud en s'appuyant sur les forces du Front national pour la libération du Sud-Vietnam (FNL) aussi appelé péjorativement Viêt Cong. Les Etats-Unis décident d'apporter leur soutien au régime de Diem alors que Chinois et Soviétiques apportent leur soutien aux nord-vietnamiens. Le Vietnam sombre ainsi de nouveau dans la guerre.

Après la mort de John F. Kennedy et l'incident du Golfe du Tonkin, l'engagement direct des Etats-Unis dans la guerre devient irrémédiable. Le président Lyndon Johnson est autorisé par le Congrès des Etats-Unis à "prendre toutes les mesures nécessaires pour faire échec au communisme". Cet engagement prend la forme d'un conflit asymétrique à cause de l'écrasante supériorité technique des Etats-Unis qui ont recours aux bombardements massifs contre les positions nord-vietnamiennes et contre le FNL et à un envoi massif de troupes américaines (jusqu'à 500000 hommes). En tout, les Etats-Unis larguent 13 millions de tonnes de bombes sur le Vietnam pendant le conflit et manifestent ainsi leur écrasante supériorité aérienne. L'armement américain (avions, chars, hélicoptères) est en effet bien supérieur à celui des vietnamiens malgré l'aide sino-soviétique. Cependant, les Etats-Unis s'enlisent face à un ennemi insaisissable soutenu par les populations locales. Ce soutien s'explique par les nombreuses victimes provoqués par les bombardements qui ne distinguent pas les civils des combattants. Les stratégies de lutte contre la guérilla du FNL aboutit même par endroit à l'exact opposé de l'effet souhaité. Les épandages d'agent orange ou de napalm pour raser le couvert végétal afin d'empêcher la guérilla de s'y camoufler et de détruire les récoltes pour affamer les populations et les combattants en sont un bon exemple. Ces méthodes sont d'autant plus décriées aux Etats-Unis qu'elles n'aboutissent à aucune avancée réelle qui permettrait de débloquer la situation militaire. L'offensive du Têt menée conjointement par le FNL et les forces nord-vietnamiennes montre au contraire que les opérations américaines ne parviennent pas à affaiblir les positions des communistes qui peuvent compter sur un important soutien de la population sud-vietnamienne aussi bien dans les campagnes que dans certaines villes. C'est du moins ce que souligne le Consul général de France à Saïgon en mars 1968. A partir de cette date, les Etats-Unis sont donc contraints de revenir à la table des négociations et de chercher à se désengager progressivement du conflit. Dès 1969, Nixon adopte une stratégie dite de vietnamisation du conflit qui n'est rien d'autre qu'une vietnamisation des cercueils. Par les accords de Paris en janvier 1973, les Etats-Unis se retirent définitivement du conflit. En avril 1975, le gouvernement de Saïgon (Sud-Vietnam) capitule sans condition.

Cette guerre au lourd bilan humain n'est pas seulement un des nombreux conflits périphériques de la Guerre froide. C'est aussi la première guerre télévisée. On peut expliquer cette forte médiatisation du conflit par le statut des journalistes américains durant les opérations. Comme le souligne cet article paru sur le site du Ciné-club de Caen, "le statut d'un opérateur de télévision, comme de tout journaliste accrédité auprès de l'état-major américain, était celui d'officier de l'armée américaine. Il est donc libre de s'incorporer à toute unité combattante se dirigeant vers le front. Il pouvait aller où il le souhaitait et assister aux combats à ses risques et périls. les opérateurs ramenèrent ainsi des scènes de guerre jamais vues et filmées en direct (diffusées en différé). Malgré l'attitude de l'état major qui s'y oppose, les films sont diffusés. La leçon a été terrible : les gouvernements ne laisseront plus jamais libres les journalistes ni à Grenade ni au Panama ni durant la guerre du Golf pas plus que les Anglais ne laisseront libres les journalistes durant la guerre des Malouines.". Ces images ont permis de tourner des documentaires hostiles à la guerre asymétrique que menaient les Etats-Unis au Vietnam dont l'effet sur l'opinion publique américaine a été dévastateur et qui ont nourri l'argumentaire du mouvement de contestation pacifiste (Exemple: le film de Emile de Antonio, In the Year of Pig (1969)). Or, cette contestation au sein même de la société américaine a été une des raisons qui ont poussé les Etats-Unis à se désengager au Vietnam. Cela a amené certains historiens a affirmé que la guerre du Vietnam avait été perdue dans les médias autant que sur le terrain des opérations militaires. L'importance des images filmées dans l'histoire de ce conflit explique sans doute la fascination de nombreux cinéastes de fiction pour cette guerre (Deer Hunter de Cimino (1978), Apocalypse Now (1979) de Coppola, Platoon de Stone (1986), Full Metal Jacket de Kubrick (1987)). Dans Full Metal Jacket, une célèbre scène (voir ci-dessous) pendant laquelle on entend en arrière fond le morceau Surfin' Bird de The Trashmen montre un cameraman en train de tourner qui essuie les commentaires ironiques des soldats qu'il filme. Le film est une arme de guerre, un élément du quotidien des opérations militaires et le Western est tourné en dérision ("Is that you John Wayne?").

Cette importance de l'image filmée ne doit faire oublier le rôle du photoreportage dans la dénonciation de cette "sale guerre". Pour illustrer cet article, nous avons pour cette raison choisi la photo pour laquelle Nick Ut a obtenu le prix Pulitzer en 1972. Cette photo a le mérite de faire réfléchir sur la complexité du rapport entre les médias et la guerre. Prise en 1972, elle a bien plus incarné une prise de conscience internationale relative aux atrocités de la guerre qu'elle n'a contribué à en infléchir le cours.

Sur le destin hors norme de la petite fille de cette photo (Kim Phuc), on lira avec profit l'article du Monde du 18 juin 2012 rédigé par Annick Cojean intitulé "La fille de la photo" sort du cliché en cliquant sur l'icône ci-dessous.

Histoire et Géographie au   pays de Voltaire :: PDF File

Mardi, 27 Septembre 2011 20:40

La crise de Cuba (octobre 1962) Featured

Rédigé par JL

La crise de Cuba constitue un tournant important de la Guerre froide qui oppose Etats-Unis et URSS dans la seconde moitié du XXème siècle. Aussi appelée "crise des missiles", elle a duré du 16 au 28 octobre 1962. Sans le sang froid des dirigeants des deux Grands, le monde aurait pu basculer dans une Troisième guerre mondiale. Pourtant, dès les années 1950, les dirigeants soviétiques et américains étaient conscients qu'un conflit nucléaire déboucherait nécessairement sur une destruction mutuelle assurée.

Pendant plus d'une semaine, le risque d'un conflit ouvert a cependant été réel. L'issue de cette crise a dépendu de la personnalité des différents protagonistes soviétiques, cubains et américains. Parmi eux, le Secrétaire d'Etat à la défense de John F. Kennedy, Robert MacNamara, a joué un rôle central. En refusant de mettre en oeuvre le principe des "représailles massives" élaboré par le Secrétaire d'Etat John Foster Dulles pendant le mandat du président D. Eisenhower, MacNamara a évité le pire. Pour lui, le recours à l'arme nucléaire ne devait s'imposer qu'en dernier recours. Malgré la destruction d'un avion américain U2 par l'artillerie cubaine au coeur de la crise le 27 octobre 1962, les Etats-Unis ont donc préféré suivre la voie des négociations. Ils ont ainsi illustré la stratégie de "riposte graduée" chère à MacNamara. Elle constitue depuis 1962 la doctrine de référence pour les Etats-Unis.

La "crise des missiles", apogée de la Guerre froide, est aussi le point de départ de la Détente. Après avoir trouvé un accord, Soviétiques et Américains décident de mettre en oeuvre des gardes-fous afin qu'une telle situation ne puisse plus se reproduire. Une ligne de "téléphone rouge" est installée entre Moscou et Washington et des négociations sont engagées au sujet de la limitation de l'armement nucléaire qui aboutissent aux accords SALT I (1972) et SALT II (1979). La peur suscitée par cette crise a inspiré de nombreuses réflexions sur le danger atomique. La plus connue est sans doute celle que propose le cinéaste Stanley Kubrick dans son film Docteur Folamour (1964) où il met en scène le dérapage du système de défense américain à cause d'une défaillance humaine.

Sur ce sujet, je vous invite à consulter l'excellent site réalisé par le Mémorial de Caen.

 

 

 

Jeudi, 26 Mai 2011 20:22

Une petite histoire de la guerre de Yougoslavie (1991-2001) Featured

Rédigé par u

La guerre de Yougoslavie est le premier conflit génocidaire en Europe depuis 1945 (200000 morts et 1 à 3 millions de déplacés). Il a opposé Serbes, Croates, Slovènes, Bosniaques et Albanais de 1991 à 2001 dans le cadre d'opérations de "nettoyage ethnique". Sarajevo, capitale de la Bosnie, est la ville martyr de cette guerre qui rappelle les moments les plus sombres de l'histoire européenne comme le montre la date symbole choisie par le président français François Mitterrand pour son voyage  humanitaire en Bosnie: le 28 juin 1992, date anniversaire de l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand qui déclencha la Première guerre mondiale. La guerre de Yougoslavie débouche sur le massacre de Srebrenica commis par les Serbes de Bosnie en 1995 (8000 morts bosniaques musulmans environ). Il a été qualifié de génocide par le Tribunal pénal international pour l'Ex-Yougoslavie (existe depuis 1993 par la résolution 808) de La Haye en 2006. Il a été perpétré malgré la présence de casques bleus impuissants depuis 1992. Le commandant des forces serbes responsables de cet acte s'appelle Ratko Mladic. Il s'est appuyé sur des unités baptisées Scorpions dont une partie des exactions (on sait que les soldats serbes ont commis de nombreux viols mais aussi des meurtres de civils) ont été filmées (archive du TPI-Y). Mladic n'a été arrêté que le 26 mai 2011. Il sera jugé par le TPI-Y comme Radovan Karadzic (arrêté en 2008) et Slobodan Milosevic (arrêté en 2001). Ces  trois criminels de guerre ont été arrêtés par la police serbe.

N.-B.: Le TPI-Y a aussi inculpé des Croates (le général Ante Gotovina), des Bosniaques (Enver Hadzihasanovic) ou des Kosovars (Ramush Haradinaj) pour crimes de guerre et-ou crimes contre l'humanité.

Cet article vous propose de visionner un premier extrait de l'émission Le Dessous des cartes permettant de mettre en contexte le téléfilm britannique Warriors diffusé sur la BBC pour la première fois en 1999 et sur arte en 2000. Ce téléfilm a été considéré dès sa première diffusion comme une oeuvre exceptionnelle sur la guerre en Yougoslavie (sur les événements de Bosnie avant tout qui ne prennent fin qu'avec une première intervention de l'OTAN et la signature des accords de Dayton en décembre 1995).

En réalité, la guerre de Yougoslavie est constituée d'une suite de conflits meurtriers et de nettoyages ethniques. La seconde vidéo de cet article tirée du Dessous des cartes s'intéresse au conflit du Kosovo entre Serbes et Albanais (UCK) à partir de la fin février 1998 et à ses conséquences. Ce conflit a été le prétexte à une intervention de l'OTAN au nom de principes humanitaires en mars 1999 à laquelle la France a participé. Pour certains médias, l'intervention de l'OTAN aurait davantage provoqué les exactions serbes qu'elle ne les aurait empêchées (En tout, on estime que les forces serbes sont responsables de 10000 victimes albanaises). L'opération aurait de son côté provoqué d'importantes pertes civiles: 500 morts. Elle a été sévèrement critiquée dans certains journaux de langue française. Il faut noter qu'à la suite de l'intervention de l'OTAN, les Serbes du Kosovo ont subi de nombreuses brimades et violences poussant près de deux-cent-milles d'entre eux à prendre l'exil. Une enquête a actuellement lieu sur un possible trafic d'organes au Kosovo sur la base du rapport Dick Marty (décembre 2010). Aujourd'hui, la KFOR joue un important rôle d'interposition. L'indépendance du Kosovo a été proclamée le 17 février 2008 et reconnue par la France la même année même si ce territoire reste une véritable "zone grise" de la mondialisation. Les Serbes du Kosovo jouissent pour l'instant d'une certaine autonomie de fait.

La situation en Ex-Yougoslavie évolue. Sous la présidence de Boris Tadic (2004-?), le parlement serbe a condamné les crimes commis contre les Bosniaques (mars 2010), reconnu l'intégrité territoriale de la Bosnie-Herzégovine et demandé que les autres Etats de l'Ex-Yougoslavie condamnent les crimes commis contre le peuple serbe. La Serbie veut devenir un Etat digne de rentrer dans l'Union européenne. Dix ans après les accords de Dayton, l'Union européenne encourage la réconciliation entre les Etats de l'Ex-Yougoslavie en vue d'une future intégration dans l'UE. La redécouverte d'une histoire commune racontée dès 1945 par Ivo Andric dans Le pont sur la Drina et qui sera bientôt mise à l'écran par le cinéaste Emir Kusturica est essentielle pour des populations qui partagent la même langue même si elles n'ont pas la même religion. La musique jouera sans doute aussi un rôle important car elle est le creuset de l'identité yougoslave métissée: Goran Bregovic ou le festival de Novi Sad en témoignent. Mais il ne faut pas non plus oublier le malaise économique et social qui touche cette région et qui s'exprime aujourd'hui dans la Yougostalgie. Ce fut une des causes de la Guerre de Yougoslavie comme a pu le souligner Pierre Sohlberg dans Alternatives économiques. Un développement solidaire et respectueux des autonomies nationales semble être le seul moyen de pacifier définitivement la région. Mais quel rôle pourra jouer une Union Européenne au buget réduit dans cette perspective comme le souligne Catherine Samary? Le 27 octobre 2010, les 27 ont accepté que la candidature de la Serbie soit examinée...

Les jeunes français s'interrogent aujourd'hui sur ce sujet dans le cadre de leurs cours d'histoire comme le montre le site réalisé par les élèves du Lycée Saint-Just sur le traitement médiatique de la guerre de Yougoslavie. Il s'agit en effet d'un conflit d'autant plus important qu'il montre que la mondialisation depuis la fin de la guerre froide s'accompagne d'une véritable balkanisation dans certaines régions.

 

Bibliographie:

- "L'OTAN dans les Balkans", www.ladocumentationfrancaise.fr

- "Les élargissements de l'Union européenne dans les Balkans occidentaux", Michel Gaspard, Politique étrangère, 2007.

- Le pont de Mostar, présentation du documentaire de Peter Bardehle diffusé sur Arte en 2007.

Jusqu'au plan de partage du 29 novembre 1947, la Palestine est un ancien mandat de la SDN sous administration britannique. La partition proposée en novembre 1947 est le produit de la résolution 181 votée par l'Assemblée générale des Nations Unies. Elle aboutit à une carte établie en fonction du peuplement et de l'état de la propriété foncière dans les différentes régions. L'intransigeance du camp arabe et du camp sioniste débouche sur un refus de ce partage qui dégénère en conflit armé entre le jeune Etat d'Israël et ses voisins à partir du 14 mai 1948. Cette date correspond à la fin du mandat britannique et à la Déclaration d'indépendance de l'Etat d'Israël. Certains intellectuels reprochent à Ben Gourion alors Premier ministre d'Israël de ne pas avoir fixé de frontières rigoureusement définies au jeune Etat dans cette Déclaration. De fait, les frontières en Palestine ne font alors pas consensus. La guerre entre les Israéliens et les Etats arabes voisins qui dure jusqu'à l'été 1949 les redéfinit au profit de l'Etat hébreux et provoque l'expulsion de 350000 palestiniens en direction des pays frontaliers (Liban, Jordanie...). C'est le début du problème des réfugiés palestiniens qui déstabilise durablement le Proche Orient. Cette première guerre que les Israéliens qualifient de Guerre d'indépendance et les Palestiniens de Catastrophe (al-Nakbah) ne s'insère pas encore de façon évidente dans la logique de "Guerre froide". Le jeune Etat hébreux reçoit alors du soutien de l'URSS et des Etats-Unis. Ce n'est qu'avec la Crise du canal de Suez que le conflit israélo-palestinien voit deux camps distincts s'affirmer. Il est alors avant tout un conflit israélo-arabe. Britanniques, Français et Israéliens s'opposent militairement à la nationalisation du Canal de Suez par Nasser en 1956 alors que ce dernier est soutenu par l'Union soviétique qui menace d'une riposte nucléaire si l'armée israélienne, qui a envahi une partie du territoire egyptien, ne se retire pas dans ses frontières de 1949. Les Etats-Unis interviennent pour calmer le jeu tout en soutenant l'Etat israélien au nom du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes (aucun Etat arabe ne reconnaît alors Israël). On peut considérer que le conflit israélo-palestinien est alors un conflit périphérique de la Guerre froide malgré l'importance des intérêts locaux et régionaux en jeu. La Guerre des six jours en 1967 et la Guerre du Kippour en 1973 entérinent cette logique dans laquelle l'Union soviétique soutient les Etats arabes et les Etats-Unis Israël. Ces deux guerres sont favorables à l'Etat hébreux dont les frontières débordent progressivement celles de 1949. L'ONU s'oppose à cette évolution à partir de 1967 par le biais de la résolution 242 qui demande un retrait des forces israéliennes des "territoires occupés" ("to withdraw from occupied territories"). Ce retrait se produit de façon très progressive et incomplète selon des modalités qui continuent à faire polémique. La Cisjordanie et le plateau du Golan sont encore aujourd'hui occupés et le statut de la bande de Gaza discuté depuis 2005. La colonisation israélienne en Cisjordanie est à l'origine d'un mitage qui crée un territoire palestinien en archipel à l'origine de nombreuses difficultés pour les Palestiniens.

A partir des années 1980, le conflit israélo-palestinien s'autonomise et devient symbolique de la déstabilisation et de la redéfinition des relations internationales. La première Intifada, appelée aussi "guerre des pierres", devient le symbole d'une guerre déséquilibrée entre un Etat hébreux surarmé appartenant aux pays du Nord économique et une population palestinienne qui revendique la création d'un Etat palestinien autonome avec le soutien de l'Organisation de Libération de la Palestine reconnue par l'ONU en 1974 et dirigée par le nationaliste arabe laïc au légendaire kéfier Yasser Arafat. Le conflit devient révélateur du clivage Nord-Sud mis en lumière par le rapport de la commission Brandt sur les inégalités de développement (1981). Les accords d'Oslo  (1993) prévoient de régler les tensions entre Israël et la Palestine en mettant en oeuvre une politique de coopération économique plus particulièrement dans le secteur de l'eau mais cette volonté est remise en cause par le renforcement d'une stratégie sécuritaire à la fin des années 1990 qui aboutit à la construction d'un mur à partir de 2002 condamné comme illégal par l'ONU. C'est aussi dans les années 1980 que s'affirme le fondamentalisme musulman. Le Hamas ou "Mouvement de résistance islamique" est créé en 1987 par Sheikh Yassine issu des Frères musulmans. Il prône la destruction de l'Etat d'Israël et l'instauration d'un Etat islamique en Palestine. Le clivage Nord-Sud se double donc en Palestine d'un conflit de religion voire de civilisation. C'est la raison pour laquelle il a été érigé en modèle par les partisans du paradigme du "choc des civilisations" qui s'impose à partir des années 1970 dans une partie du monde occidental (diplomatie américaine des présidents Bush) mais aussi dans le monde arabo-musulman (cf. Al-Qaida). Ce paradigme ne doit pourtant pas faire oublier l'importance du clivage Nord-Sud dans l'explication du conflit israélo-palestinien.

Ce conflit est à l'origine d'une déstabilisation du Proche Orient et des relations entre les pays appartenant au monde arabo-musulman et Israël qui compte de nombreux alliés au sein du monde occidental. Au nom de leurs valeurs communes, l'ONU et la République française tentent de promouvoir une solution conciliée conforme à la Déclaration universelle des droits de l'homme. Cela nécessite la remise en cause de la logique militaire de conquête (problème des colonies israéliennes en territoire palestinien) et de ses conséquences catastrophique (massacre de Sabra et Chatila (1982) ou Guerre de Gaza (2008)) mais aussi l'organisation d'une politique de développement efficace dans les territoires occupés permettant de faire reculer le fondamentalisme. Cela nécessite que les pacifistes des deux camps cessent d'être assassinés par les extrémistes de leur propre bord comme ce fut le cas pour Anouar el-Sadat en 1981 et Yitzhak Rabin en 1995.

N.-B.: Le conflit israélo-palestinien n'est qu'un des exemples de l'affirmation du clivage Nord-Sud dans les années 1980. Il revêt pour l'Europe une importance particulière car il s'inscrit en profondeur dans l'histoire des juifs européens et concerne l'interface méditerranéenne qui est la principale zone de contact entre l'Europe et les pays du Sud économique. Cependant, comme le souligne l'historien libanais Georges Corm, les Européens doivent sur ce sujet prendre garde à ne pas être "narcissiques jusque dans le remord".

En complément, on regardera avec profit cette conférence donnée par le spécialiste du Proche-Orient Henry Laurens dans le cadre de l'Université de Genève. Il y explique les différentes étapes de la transformation du conflit israélo-arabe en un conflit israélo-palestinien parallèlement à l'effacement de la logique de guerre froide.

 

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Lundi, 06 Décembre 2010 13:57

La génuflexion de Varsovie (7 décembre 1970) Featured

Rédigé par JL

Le 7 décembre 1970 est la date de la fameuse génuflexion de Varsovie. Le chancelier socialiste allemand Willy Brandt est le principal acteur de ce geste symbolique dont le retentissement médiatique déborda le cadre des relations germano-polonaises. Afin de comprendre sa portée, il faut le resituer dans la stratégie de Willy Brandt en ce qui concerne les relations diplomatiques entre Europe de l'Est et Europe de l'Ouest en contexte de "Guerre froide".

Willy Brandt fut chancelier de l'Allemagne fédérale de 1969 à 1974. S'appuyant sur les théories de son plus proche conseiller Egon Bahr, il choisit de rompre avec la doctrine Hallstein. Le contexte est alors celui d'une amélioration relative des relations diplomatiques entre les Etats-Unis et l'URSS. Ce "Dégel" avait été soutenu par le président américain J. F. Kennedy à la suite de la "crise des missiles". Brandt en tant que maire de Berlin soutient alors cette politique à condition qu'elle ne signifie pas l'abandon de Berlin Ouest par les Etats-Unis (Kennedy accède à cette demande en venant signifier son soutien aux Berlinois le 26 juin 1963).

La "Détente" entre Américains et Soviétiques reste cependant cantonnée à la nécessité pour les deux grands d'éviter une guerre nucléaire. C'est en Europe que cette politique prend véritablement racine. Willy Brandt veut rétablir le dialogue entre les deux parties divisées de l'Europe. Il pense pouvoir changer le point de vue des pays d'Europe de l'Est et améliorer leur relation avec l'Europe de l'Ouest par la voie diplomatique. C'est la stratégie de la "transformation par le rapprochement" (Wandel durch Annäherung"). Elle est dans un premier temps vue d'un mauvais oeil par Washington car le président Nixon voit les relations internationales d'une toute autre façon que son prédécesseur assassiné. Les Etats-Unis finissent cependant par accepter l'Ostpolitik de Brandt qui se solde par un traité avec l'Union soviétique puis la Pologne en 1970 et enfin par la reconnaissance mutuelle des deux Allemagnes en 1972 qui permet leur adhésion à l'ONU en 1973.

C'est dans le cadre de la normalisation des relations de l'Allemagne de l'Ouest avec l'Europe de l'Est que Willy Brandt s'agenouille devant le monument au mort du ghetto de Varsovie. Il reconnait ainsi la dette de l'Allemagne de l'Ouest  à l'égard de l'Europe de l'Est et sa responsabilité dans les atrocités nazies. Cette convergence du repentir est permise par le fait que le Ministre Président de la Pologne est alors un ancien déporté à Auschwitz: Józef Cyrankiewicz. Elle ouvre la voie à un dialogue plus serein entre les deux Europe dont l'aboutissement sont les Accords d'Helsinki de 1975.

En complément de cet article, les élèves peuvent consulter le court extrait vidéo ci-dessous tiré du film Les deux vies de Willy Brandt ainsi qu'un second extrait en allemand tiré d'une émission produite par Rundfunk Berlin-Brandenburg.

Dimanche, 06 Juin 2010 10:18

Rappel sur l'urbanisation en Europe

Rédigé par Monsieur Kastler

Ce diaporama réalisé par l'académie de Poitiers pour un niveau de collège n'a rien d'extraordinaire. Il a simplement pour objectif de rappeler un certain nombre d'évidence concernant les disparités du territoire européen en matière d'urbanisation.

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