Publications Ma médiathèque Enzo Traverso, A feu et à sang, 2007
Jeudi, 04 Février 2010 20:42

Enzo Traverso, A feu et à sang, 2007

Rédigé par  Monsieur Kastler
Notez cet article
(0 votes)
Dans l'ouvrage intitulé A FEU ET A SANG De la guerre civile européenne (1914-1945), l'historien français Enzo Traverso propose de parler au sujet de la période 1914-1945 de "guerre civile européenne". Pour lui, l'entrée dans la Première guerre mondiale signifie pour l'Europe non seulement une rupture avec le libéralisme classique hérité des Lumières mais aussi une remise en cause de son organisation géopolitique en Etats-nations. Désormais, les conflits se développent sous la forme d'une guerre civile idéologique européenne et transnationale (l'auteur ne s'explique pas vraiment sur les frontières qu'il faut donner à ce qu'il appelle l'Europe). Cette guerre civile européenne est avant tout une guerre contre les civils dont une des dimensions les plus radicales est le génocide. Son caractère idéologique provient de l'importante crise que connaît le libéralisme européen à partir de 1917. Cette dernière débouche sur deux types d'idéologies antagonistes: le fascisme et le communisme. Les relations entre ces idéologies sont analysées avec finesse par Enzo Traverso. Contrairement à l'historien allemand très controversé Ernst Nolte, il ne pense pas que l'idéologie fasciste s'explique par la seule peur du communisme qui saisit à l'époque de nombreux européens.  Elle reposerait surtout sur une remise en cause des principes politiques hérités des Lumières accentuée par l'expérience déshumanisante de la Première guerre mondiale. Face à l'affirmation du fascisme nazi en Allemagne, on observe la constitution dans les années 1930 d'une alliance antifasciste paradoxale par bien des aspects. En Europe occidentale, certains intellectuels communistes ou non s'engagent dans l'antifascisme au nom de la défense des Lumières et doivent en partie leur victoire sur le nazisme à une alliance de fait avec la Russie soviétique. Cela s'accompagne d'un aveuglement profond sur la nature totalitaire du régime de Staline. D'autre part, l'attachement de ces intellectuels aux Lumières implique un aveuglement sur certains aspects du libéralisme occidental hérité du XIXème: le sexisme, le racisme et une absence de respect à l'égard des modes de vie différents de celui qui existait alors en Occident (mépris entre autres à l'égard des peuples premiers). Ces trois éléments font partie de la culture occidentale héritée des Lumières et interdisent de considérer le fascisme comme un accident de parcours de la "civilisation européenne". Cependant, comment proposer aujourd'hui une critique des Lumières sans retomber dans l'obscurantisme ou le fascisme?
Dernière modification Jeudi, 21 Octobre 2010 21:32
Plus dans cette catégorie: Bibliothèques ? »
Login to post comments