Publications Histoire contemporaine de la France La mémoire de la déportation des enfants juifs de France depuis 1945.
Dimanche, 23 Septembre 2012 08:50

La mémoire de la déportation des enfants juifs de France depuis 1945.

Rédigé par  Monsieur Kastler
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La parution du film La Rafle de Rose Bosch en mars 2010 a ravivé les mémoires concernant la déportation des enfants juifs de France en racontant une nouvelle fois la tragique histoire de la rafle du Vel d'Hiv. Sur les 320 000 juifs qui vivaient en France en 1940, 76000 ont été déportés dont environ 14000 enfants (pour un bilan détaillé de la déportation des juifs en France et en Europe on peut se reporter à cette excellente page proposée par le crdp de Reims). Le film de Rose Bosch inscrit cette question dans une réflexion plus vaste sur la déportation des Juifs de France et plus particulièrement sur la participation de la France à ce processus dans le cadre de grandes rafles. La responsabilité du régime de Vichy et du chef de gouvernement Pierre Laval dans l'organisation de cette rafle est indéniable. Dès 1969, le docteur Claude Lévy, ancien résistant et auteur d'une des premières études sur la rafle du Vel d'Hiv signalait le marchandage cynique auquel s'était livré Vichy en envoyant en priorité les "juifs étrangers" aux camps de la mort et en prenant l'initiative de déporter les enfants avec les parents. Cependant, la déportation des enfants juifs n'étaient pas encore l'objet d'une attention particulière. C'est à la suite du procès du chef de la Gestapo de Lyon Klaus Barbie (le "boucher de Lyon") en 1987 que se réveille cette mémoire.
Ce procès qui se déroule à Lyon est le premier des quatre procès pour crime contre l'humanité jugés en France car imprescriptible depuis 1964 (Barbie, Touvier, Papon, Brunner). Il a été filmé en vertu de la loi Badinter de juillet 1985 concernant les procès historiques. La question de sa responsabilité dans la torture et l'assassinat de Jean Moulin y est discutée mais n'est pas retenue comme chef d'accusation car il s'agit alors d'un crime de guerre considéré comme prescrit car commis depuis plus de 20 ans (Barbie avait été condamné à mort par contumace pour ses crimes de guerre en 1952 et 1954). Klaus Barbie est par contre condamné comme responsable entre autres de l'arrestation (avril 1944) et de la déportation de 44 enfants juifs réfugiés à Izieu dans l'Ain sous la protection des époux Zlatin depuis mai 1943. A la suite du procès est fondé un Musée-mémorial à Izieu qui est inauguré par François Mitterrand en 1994.
C'est dans ce contexte que sort sur les écrans le film de Louis Malle Au revoir les enfants (1987) qui raconte en se fondant sur une histoire vraie la déportation d'enfants juifs cachés dans une école française par un Juste. Le film correspond à l'expression d'une souffrance mêlée de remords de la part d'une génération de Français ayant été enfants pendant la guerre sur les mêmes bancs d'école que de jeunes juifs au destin tragique et souvent mal connu. En effet, des enfants juifs raflés ou déportés on connait peu de survivants.
Seuls ceux qui ont pu fuir avant d'être envoyés par trains en direction des camps de la mort s'en sont sortis. C'est le cas de Joseph Weismann dont la vie a inspiré le film de Rose Bosch ou Annette Muller qui a eu l'occasion de témoigner une nouvelle fois lors de la sortie du film La Rafle. Rares sont les enfants juifs déportés qui ont pu revenir des camps comme Francine Christophe. Enfin, on notera que la persécution des Juifs en France de 1940 à 1945 ne se limitent pas à la déportation. L'exclusion et la peur sont le quotidien de nombreux enfants pendant la guerre bien rapporté par Joseph Joffo dans son autobiographie intitulée Un sac de billes (1973) mise à l'écran par Jacques Doillon en 1975.

 

 

Dernière modification Lundi, 19 Novembre 2012 22:03
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