Publications Histoire contemporaine de la France La Seconde guerre mondiale par les films.
Samedi, 08 Mai 2010 18:41

La Seconde guerre mondiale par les films.

Rédigé par  Monsieur Kastler
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L'histoire de la Seconde guerre mondiale a été l'objet de nombreux documentaires. Nous nous intéresserons dans cet article à trois d'entre eux: Le Chagrin et la Pitié de Marcel Ophüls (1969), Shoah de Claude Lanzmann (1985) et De Nuremberg à Nuremberg de Frédéric Rossif (1989). Les deux premiers films sont semblables par la forme: une suite de témoignages de bourreaux et de victimes, de témoins ayant participé à la Seconde guerre mondiale. Ils varient cependant énormément tant par le sujet traité que par le contexte de leur réalisation.

Le premier dont nous avons vu un extrait en cours constitue une remise en cause du mythe d'après guerre d'une France entièrement résistante. Contre la version gaulliste et communiste, Marcel Ophüls insiste sur l'ampleur du phénomène de la collaboration en France et sur ses racines qui plongent dans les années 1930. Cependant, dans la France de Georges Pompidou, au moment de la grâce du collaborateur Paul Touvier (1971), la tendance est à l'oubli. Le film de Marcel Ophüls a de fait été censuré jusqu'en 1981. Le parcours du film est donc aussi intéressant que son contenu.

De son côté, le film de Claude Lanzmann est un monument visant à lutter contre l'oubli du génocide juif et à lui donner une place spécifique au sein des atrocités de la Seconde guerre mondiale. Pour l'auteur, le film n'est pas un document sur les survivants mais sur les morts afin de garantir que leur nom ne tombe jamais dans l'oubli comme le souligne la phrase de l'Ancien Testament mise en exergue de l'oeuvre: "Et je leur donnerai un nom impérissable".  Il nait de la confrontation traumatisante de l'auteur avec ce qu'il appelle le "non-lieu de mémoire" de Treblinka (1978). En effet, du camp de Treblinka, il ne subsiste presque rien en 1978 car les nazis l'ont détruit afin d'effacer les preuves du génocide juif. Parmi les témoignages, on pourra noter l'importance de celui de Filip Müller, un des rares survivants des Sonderkommandos d'Auschwitz.

Le film De Nuremberg à Nuremberg diffère des deux autres quant à la forme et au fond. Frédéric Rossif utilise la technique du montage d'archives auquel il ajoute un commentaire historique et non plus des témoignages. Il est aidé dans la construction du récit par de nombreux historiens: Edouard Husson, Philippe Meyer (lecteur du texte), Marc Ferro ou encore Annette Wievorka. L'objectif est de donner loin de tout sensationnalisme une explication claire des événement tragiques qui se produisent dans le monde entre 1935 et 1945. Le film affirme ainsi que l'Histoire est un moyen aussi fiable que la Mémoire pour lutter contre l'oubli...

Dernière modification Lundi, 19 Novembre 2012 22:04
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