Publications Histoire contemporaine de la France La journée des Tuiles: "Monts sacrés d'où la France vit naître le soleil avec la liberté." (A. Chénier)
Samedi, 20 Mars 2010 22:31

La journée des Tuiles: "Monts sacrés d'où la France vit naître le soleil avec la liberté." (A. Chénier)

Rédigé par  Monsieur Kastler
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On qualifie habituellement la période 1787-1789 de pré-révolution. Cette époque est caractérisée par des tentatives de réforme de la monarchie dans un contexte de crise économique et financière. Elle commence par l'échec du projet de réforme du ministre Calonne et se termine avec la convocation des Etats Généraux par le contrôleur général des finances d'origine genevoise Jacques Necker à partir de l'été 1788. Entre ces deux grands "réformateurs" de la monarchie s'intercale un court intermède déterminant pour l'histoire des dernières années de l'Ancien régime et que l'on peut qualifier de "ministère Loménie de Brienne" (1er mai 1787-25 août 1788). Il est à l'origine d'une tentative de réforme qui engendre des contestations dont certaines peuvent être considérées comme révolutionnaires. C'est le cas des "événements de Grenoble" dont l'épisode le plus connu est la journée des tuiles.

Grenoble est en 1787 une ville dans laquelle existe un Parlement d'Ancien Régime. Elle est donc particulièrement touchée par la réforme de la justice voulue en mai 1788 par le Garde des Sceaux Chrétien François de Lamoignon de Bâville. Cette réforme propose de réduire le rôle des Parlements dans le domaine de la justice et de les priver de leur droit d'enregistrement en ce qui concerne les impôts. Le domaine fiscal est réservé à une cour plénière d'échelle nationale moins préoccupée que les Etats Provinciaux par le maintien des privilèges locaux en matière fiscale. Les assemblées provinciales que crée dans le même temps Lamoignon peuvent en effet être considérées comme des coquilles vides au pouvoir réduit. Elles sont perçues comme telles par l'opinion publique provinciale. Cette dernière réagit à Grenoble de façon bien différente aux réformes que dans d'autres villes de Parlement. A Rennes ou à Pau, l'opposition des Parlements à la réforme de Lamoignon semble avant tout traduire la volonté de la noblesse de robe de conserver ses privilèges (Seul le Parlement de Paris semble réagir de façon similaire).

A Grenoble, la noblesse et la bourgeoisie de robe que symbolise l'avocat Barnave sont attachées aux idées du libéralisme politique. Elles ne veulent pas d'une réforme de la justice ou de la fiscalité sans convocation d'une assemblée nationale. Le peuple grenoblois se rallie à leur cause et semble considérer que la misère qui règne alors dans la province du Dauphiné est causée par la politique économique libérale du cardinal Loménie de Brienne. La peur de l'établissement de nouveaux impôts explique que la foule s'oppose le 7 juin 1788 à l'intervention des troupes royales contre les parlementaires. Les soldats du roi sont bombradés à l'aide de tuiles comme le montre la célèbre peinture d'Alexandre Debelle (1889). Comme le souligne l'écrivain et témoin des événements Stendhal, les Grenoblois sont alors conscients de participer à une véritable révolte qui ne peut être considérée comme entièrement révolutionnaire qu'à cause de sa dimension locale.

Il semble que la convergence politique entre le peuple et les parlementaires lors de la journée des tuiles du 7 juin 1788 ait été organisée par la municipalité de Grenoble. En effet, les consuls (nom donné aux représentants municipaux sous l'Ancien Régime) joue un rôle déterminant pendant mais aussi après l'émeute comme l'a noté l'historien Charles Dufayard. Ce sont eux qui décident le 14 juin 1788 de réunir les Etats Généraux de la province à Vizille contre l'avis de Louis XVI. Ce rassemblement a lieu le 21 juillet et débouche sur deux revendications principales: le rétablissement des Parlements et la réunion d'Etats Généraux du royaume. Le Parlement de Paris avait émis le même avis le 8 mai 1788 dans un autre contexte et pour des raisons différentes.

Ces événements de l'été 1788 jouent un rôle important dans la mémoire urbaine grenobloise comme le montre la photo (choisie pour illustrer cet article) de la Fontaine des trois ordres située en plein coeur du centre historique de Grenoble. Cette statue a été réalisée pour le centenaire de la Révolution en 1889. En regardant bien entre les ailes des dragons on peut y lire le vers d'André Chénier choisi comme titre de cet article.

Dernière modification Lundi, 18 Février 2013 09:48
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