Publications Histoire contemporaine de la France Le Front populaire (avril 1936-avril 1938)
Dimanche, 07 Mars 2010 21:16

Le Front populaire (avril 1936-avril 1938)

Rédigé par  Monsieur Kastler
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Le Front populaire ou Rassemblement populaire est une coalition de partis de gauche apparue à l'occasion des élections législatives d'avril-mai 1936 dans le but de défendre la République contre ce qui est perçu comme un réel danger fasciste. Comme le souligne l'historienne Danielle Tartakowsky, le Front populaire naît de l'interprétation que les différents partis de gauche font de la manifestation du 6 févier 1934. D'autre part, la manifestation du 14 juillet 1935 avait pu montrer aux dirigeants de ces différents partis l'intérêt des Français pour une stratégie de Rassemblement populaire que les communistes ne refusaient plus (sur les différentes étapes de l'histoire du Front populaire voir cette vidéo proposée par l'INA).  Il s'agit non seulement de défendre les principes fondamentaux de la République ("droits de l'homme", référence à la Révolution française avec toutes les ambiguités que cela implique) mais aussi de promouvoir les droits sociaux de certaines catégories qui apparaissent comme particulièrement touchées en temps de crise. C'est dans cette perspective qu'est créé un programme commun de gouvernement plutôt modéré sur le plan social et que le socialiste Léon Blum devenu chef de gouvernement résume par les points suivants dans un discours datant du 6 juin 1936: semaine de quarante heures, conventions collectives, congés payés, plans de grands travaux, nationalisation de la fabrication des armes, création d'un office du blé, prolongation de la scolarité, réforme des statuts de la Banque de France, amélioration du statut de certains fonctionnaires. C'est sur la base de ce programme que le Front populaire triomphe en mai 1936: le Parti socialisate (SFIO), le Parti radical et le Parti communiste alliés aux Divers gauches obtiennent plus de 50 % des voix. Pour la première fois de son histoire, la SFIO devient le premier parti de France en nombre de sièges à l'Assemblée. Le programme commun peut donc être mis en oeuvre. Cela est d'autant plus nécessaire que l'arrivée au pouvoir du Front populaire s'accompagne d'un important mouvement de grève. Les accords de Matignon signés par les représentants du patronat et des ouvriers le 7 juin 1936 accordent aux salariés d'importants avantages par l'intermédiaire de conventions collectives: les deux premières semaines de congé payés et la semaine de quarante heures. La grève ne s'arrète cependant qu'après un appel à la fin du conflit du chef du parti communiste, Maurice Thorez.
L'application point par point du programme du Front populaire (on observe l'application de mesures qui n'avaient pas été prévues par le programme: la création de la SNCF) est loin de contenter l'ensemble du paysage politique français. La propagande d'extrême droite présente le Front populaire comme une opération orchestrée par l'Union soviétique.  Il sont suivis par certains hommes de droite qui refusent la nouvelle donne politique. L'intellectuel catholique Emmanuel Mounier résume leur attitude de la façon suivante en 1938: "On ne comprendra le comportement de cette bourgeoisie que lorsqu'on l'entendra apeurée, chuchoter à mi-voix: plutôt Hitler que Blum". En effet, les tensions franco-françaises sont à l'époque envenimées par un contexte international de plus en plus tendu: même si le Front populaire refuse d'engager la France dans cet important conflit européen, nous sommes au moment de la guerre d'Espagne.

Cependant, tous les hommes de droite ne refusent pas les avancées sociales effectuées par le Front populaire. Ainsi, de Gaulle déclare dans ses Mémoires à l'automne 1936: "Il n'était pas inconcevable qu'en présence du national-socialisme triomphant à Berlin, du fascisme régnant à Rome, du phalangisme approchant de Madrid, la République française voulût, tout à la fois, transformer sa structure social et réformer sa force militaire.". Les désaccords au sujet de la politique du Front populaire traversent en réalité le Parti radical. L'alliance créée en juillet 1935 s'effondre en avril 1938. Un gouvernement est formé par le radical Edouard Daladier qui prétend "remettre la France au travail" sans l'appui des socialistes. C'est la fin de l'antifascisme de gouvernement.

Le Front populaire et les femmes: Trois sous-secrétariats sont confiés à des femmes bien qu'elles ne soient pas électrices à l'époque. La radicale Cécile Brunschvig obtient l'Education nationale, la socialiste Suzanne Lacore la Protection de l'Enfance et la communiste Irène Joliot-Curie la Recherche scientifique.


Dernière modification Lundi, 19 Novembre 2012 22:05
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