Publications Histoire contemporaine de la France Le 6 février 1934: la France face au fascisme.
Mardi, 02 Mars 2010 20:05

Le 6 février 1934: la France face au fascisme.

Rédigé par  Monsieur Kastler
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La crise de 1929 ne touche la France qu'à partir de 1931. Elle déstabilise la société française même si le chômage est une réalité moins massive en France qu'en Allemagne par exemple. Ces difficultés économiques et sociales se traduisent dans le domaine politique par une montée des idéologies radicales de gauche et de droite. Ailleurs en Europe, certains mouvements fascistes sont parvenus à s'installer au pouvoir (Allemagne, Italie). Le mécontentement de la population française est d'autant plus important que la France est alors touchée par plusieurs scandales politico-financiers (Affaires Hanau ou Oustric) qu'instrumentalisent les mouvements antiparlementaires hostiles à une République qu'ils présentent comme corrompue et qu'ils baptisent du nom de "Gueuse".

C'est dans ce contexte que survient la mort de l'homme d'affaires en cavale Alexandre Stavisky le 9 janvier 1934 (on pourra voir sur ce sujet l'intéressant film d'Alain Resnais). Les journaux d'extrème droite comme l'Action française prennent alors pour cible le Président du Conseil membre du parti radical, Camille Chautemps, qui est accusé de refuser une commission d'enquête sur l'Affaire Stavisky. Ce dernier est obligé de démissioner. Il est remplacé par un autre représentant du parti radical: Edouard Daladier.

C'est le début d'une des plus importantes crises politiques de la IIIème République. En effet, la situation devient de plus en plus critique: certains mouvements d'extrême droite comme l'Action française soulignent les origines juives d'Alexandre Stavisky dans un perspective xénophobe et antirépublicaine. Afin de garantir la stabilité du régime, une des premières mesures du gouvernement Daladier est alors de limoger le Préfet de Police Jean Chiappe soupçonné d'être trop proche des ligues d'extrême droite et d'avoir été mêlé à l'affaire Stavisky.

Cette mesure est présentée comme une provocation par certaines ligues d'extrêmes droite qui décident d'organiser une manifestation antiparlementaire le 6 février 1934, jour de l'investiture de Daladier. Il est à noter que certaines ligues d'anciens combattants de gauche comme l'ARAC décident de profiter de l'événement pour manifester de manière autonome en dénonçant la corruption et la faiblesse des pensions.

Très vite cette manifestation tourne à l'émeute (voir vidéo ci-dessous). Les forces de l'ordre sont obligées d'intervenir pour empêcher les manifestants d'extrême droite de marcher sur le Palais Bourbon. Le bilan de l'émeute qui dure jusqu'à 2h30 du matin est lourd: 15 morts et 1435 blessés. De nombreux contemporains ont vu dans cette émeute une manifestation fasciste visant à faire chuter la République. Certains historiens pensent cependant qu'un mouvement fasciste n'aurait de toute façon pas pu triompher en France car il n'y avait pas de parti unique structuré autour d'un chef charismatique comme en Allemagne ou en Italie.

A la suite de cette manifestation, une mobilisation antifasciste est à l'origine d'un rapprochement entre partis républicains de gauche dans une stratégie de Front populaire (Au commencement des événements, les partis communistes et socialistes n'avaient pas clairement pris parti dans le cadre d'un scandale qui touchait avant tout le Parti radical).  En effet, une contre-manifestation est organisée le 12 février 1934 à l'initiative des syndicats socialistes et communistes dans une perspective unitaire. Cela montre que les partis républicains sont capables de laisser de côté leurs divisions pour oeuvrer ensemble contre le fascisme antirépublicain. L'exemple allemand leur avait montré que les divisions entre républicains pouvaient mener à la défaite de la République.

En France, l'échec du fascisme peut donc être considéré comme la conséquence de la faible organisation de ce mouvement mais aussi comme le résultat de l'importante réaction antifasciste qui a permis de refonder le consensus républicain jusqu'en 1940.

Postérité des événements:

- A court terme: La réaction des partis républicains mène à la victoire du Front populaire en 1936.

- A moyen terme: De 1940 à 1945, les événéments du 6 février 1934 sont souvent utilisés par le régime de Vichy. Comparez les deux extraits ci-dessous. Après avoir cherché la date de réalisation de ces deux documents vidéo, expliquez pourquoi le second propose une représentation déformée de la réalité historique.

- A long terme: En quoi ces événements peuvent-ils servir de base à une réflexion sur l'importance du consensus républicain pour la démocratie française?

 

 

 

Dernière modification Mardi, 22 Janvier 2013 20:36

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