Publications Histoire contemporaine de la France Le chemin des dames et les mutineries dans l'armée française.
Dimanche, 09 Décembre 2012 21:25

Le chemin des dames et les mutineries dans l'armée française.

Rédigé par  Monsieur Kastler
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Comme le soulignait l'historien français Maurice Agulhon, "les mutineries de 1917 sont restées longtemps un sujet tabou pour l'idéologie dominante et pour l'histoire conventionelle qui lui est associée". Elles remettaient en effet en cause l'idée d'une intégration parfaite de la société française autour de la République et de la Nation. Pourtant, ces mutineries sont loin d'être anodines. Elles doivent être comparées avec les autres formes de soulèvements militaires ou civiles qui existent à l'époque en Europe (notamment les révolutions russes).


La guerre totale et la mobilisation des sociétés belligérantes qu'elle impliquait avaient généré d'importantes tensions à l'arrière mais aussi sur le front. Ces dernières furent accentuées pour l'armée française par l'offensive du général Nivelle au chemin des dames
(lieu situé dans l'Aisne à proximité du petit village de Craonne) en avril 1917. L'objectif de cette opération était de percer le front entre Soisson et Reims au niveau du village de Craonne. Cependant, elle n'est parvenue qu'a causé en 3 jours (16-19 avril 1917) à peu près 40000 morts (pour un bilan chiffré plus précis voir l'article ci-dessous). Cette hécatombe s'explique par d'importantes erreurs tactiques. Le front choisi par Nivelle pour l'offensive est beaucoup trop large pour réaliser une percée. D'autre part, l'effet de surprise est impossible car les Allemands sont parvenus à obtenirs les plans de l'offensive. Enfin, les défenses allemandes sont très bien organisées dans ce secteur. Elles exploitent les différentes cavités présentes sur ce site calcaire pour cacher et protéger l'armement et les soldats. Depuis 1915, une ancienne galerie appelée Caverne du dragon est utilisée pour protéger l'infirmerie et la cantine. Lors de l'offensive française, elle permet de prendre à revers les troupes sénégalaises. L'offensive est par conséquent un fiasco. Le commandement de l'armée française est transféré à Pétain dès le mois de mai. Ce dernier réprime sévèrement les mutineries. Il organise dans le même temps une stratégie plus économe du sang des hommes. Il prétend "attendre les chars et les américains". Les succès de cette tactique renforcent le prestige du futur maréchal.

La catastrophe du chemin des dames vient s'ajouter en avril 1917 au mécontentement qui s'accumule chez les soldats depuis la bataille de Verdun. Elle explique le grand nombre de mutineries pendant le printemps 1917 (ces mutineries se distinguent des simples refus d'obéissance qui existe en France depuis 1914) : entre 30000 et 40000 soldats sont concernés (une division sur cinq est touchée en moyenne).
Ces révoltes aboutissent à 3427 condamnations dont 554 condamnations à mort (49 seulement furent exécutées). Certains historiens  ou hommes politiques de l'époque ont vu dans le pacifisme et le socialisme, auxquels la Révolution russe donne un nouveau souffle à partir d'octobre 1917, la cause  de ces mutineries. De fait, le mouvement socialiste pacifiste s'affirme à l'arrière depuis la fin de l'année 1915 (conférences de Zimmerwald et Kienthal en Suisse). Sur le front, certaines chansons folkloriques semblent aussi prouver l'existence d'un pacifisme de tendance socialiste. C'est le cas de la Chanson de Craonne connue grâce à sa publication après la guerre par le journaliste et homme politique: Paul Vaillant-Couturier (un des fondateurs du parti communiste français au congrès de Tours en 1920). Cependant, il semble que dans leur grande majorité les mutineries dans l'armée française aient été liées à un fort sentiment d'exaspération des soldats et non à une propagande pacifiste et socialiste venue de l'arrière. Comme le souligne l'historien Christophe Charle, "la propagande pacifiste ou l'exemple de la Révolution russe n'ont eu, semble-t-il, qu'un rôle minime dans le mouvement d'indiscipline qui s'apaise en juin (1917)". Cela n'empêche pas les mutineries d'avoir une importante dimension sociale: les travailleurs urbains sont en effet surreprésentés parmi les révoltés sans doute à cause de leur forte politisation à gauche. Notons enfin que l'histoire des mutineries est avant tout l'histoire d'un échec qui permet au régime républicain de se maintenir en France et de remporter la victoire à un prix très élevé en vies humaines.

Aujourd'hui, le souvenir du Chemin des dames est entretenu grâce au très intéressant Musée de la caverne du dragon et à ses guides dévoués.

 

 

 

Dernière modification Dimanche, 13 Janvier 2013 08:56
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