La commune de Ferney Histoire de Ferney Voltaire cultive son jardin à Ferney (1759-1778)
Vendredi, 05 Février 2010 14:42

Voltaire cultive son jardin à Ferney (1759-1778)

Rédigé par  Monsieur Kastler
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Ecrire une biographie de Voltaire est une gageure impossible à réaliser en quelques lignes. Des sites internet du web public proposent d'ailleurs déjà des biographies tout-à-fait satisfaisantes et accessibles. On pourra par exemple se référer à celle proposée par le site culturesfrance.fr. Nous voulons avant tout par cet article faire remarquer la relation étroite qui existe entre l'homme et l'oeuvre chez ce philosophe épris de liberté. Cela s'observe dans son célèbre conte philosophique intitulé Candide paru à Genève en janvier 1759. Ce livre plein d'ironie est une manière pour Voltaire de régler ses comptes avec son histoire personnelle et avec son temps. L'ironie s'exerce dès les premières pages à l'égard d'un ordre social qui ne donne pas au mérite sa place légitime: "Les anciens domestiques soupçonnaient que [Candide] était fils de la sœur de monsieur le baron et d'un bon et honnête gentilhomme du voisinage, que cette demoiselle ne voulut jamais épouser parce qu'il n'avait pu prouver que soixante et onze quartiers, et que le reste de son arbre généalogique avait été perdu par l'injure du temps.". Elle se dirige aussi contre l'illusion qui consisterait à s'en remettre à la providence ou aux puissants de ce monde en ce qui concerne la gestion des affaires humaines. En 1759, Voltaire a fini d'errer de souverain en souveraine et cherche à devenir son propre maître. Les débuts de la Guerre de sept ans (1756-1763) témoignent de l'inutile folie meurtrière des têtes couronnées. Le tremblement de Terre de Lisbonne (1er novembre 1755) est pour lui, contrairement à Rousseau, le signe de l'impossibilité de s'en remettre à la providence divine. Tout n'est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes. L'optimisme béat n'est décidément pas une valeur voltairienne.

Cette considération fait entrer l'auteur dans l'âge de la maturité et coïncide avec les débuts de son aventure ferneysienne. De fait, Candide n'est pas l'oeuvre-bilan d'un vieillard usé. C'est avant tout l'oeuvre-programme d'un philosophe ayant pris la décision de devenir son propre maître. C'est ainsi qu'il faut interpréter la dernière phrase de Candide: "Il faut cultiver son jardin". Le jardin de Voltaire, c'est Ferney où il se fait construire un château avant de réorganiser l'ensemble du village. Il devient ainsi son propre maître en faisant sortir un petit coin de terre de l'âge féodal. Il est donc tout naturel que Ferney devienne à la fin du XVIIIème siècle une des capitales de l'Europe libérale. De nombreux esprits libres viennent d'ailleurs rendre visite au patriarche de Ferney. C'est le cas entre autres du grand père de Stendhal, Henri Gagnon, qui a joué un grand rôle dans la diffusion des idées du philosophe libertin en direction des élites grenobloises de l'époque. Son petit-fils épris de liberté se souviendra de cette visite dans ses écrits autobiographiques (cf. Vie d'Henry Brulard). Il y montrera peu de respect pour Voltaire comparé à un vieux barbon rasoir. C'est bien la preuve que les idées de Voltaire avaient cessé d'être seulement les siennes. On ne peut a posteriori s'empêcher de penser que c'était un peu grâce à lui.

Dernière modification Samedi, 12 Avril 2014 19:23
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