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Les films sur la guerre d'Algérie sont les témoins de mémoires associées à des époques postérieures à la guerre. L'analyse de leur réception en France et en Algérie permet d'identifier des tabous et de mettre en évidence l'état des mémoires nationales à un instant donné. La Bataille d'Alger, film italo-algérien sorti en 1966 dans le cadre du Festival de Venise (Lion d'Or), est ainsi tout aussi célèbre pour son contenu que pour ses relations complexes avec la censure. Le film décrit avec un grand réalisme les méthodes mises en oeuvre par les parachutistes français dans le cadre de la bataille d'Alger de 1957 dont le recours à la torture. Les historiens considèrent que l'absence de diffusion de ce film en France de 1962 à 2004 (une diffusion a été alors programmée sur Arte) équivaut à une sorte de censure conforme à la politique d'oubli et d'amnisitie concernant les crimes contre l'humanité commis par l'armée voire la police française. Inversement, le film a été particulièrement bien reçu en Algérie entre autres parce qu'il présente le recours au terrorisme comme un mal nécessaire dans le cadre de la lutte pour l'indépendance légitimant ainsi la vision héroïque du combat du FLN diffusée par les manuels scolaires algériens depuis les années 1970. Cependant, l'histoire de la transposition de la guerre d'Algérie au cinéma ne s'arrête pas avec ce film. L'Ennemi intime réalisé en 2007 par Florent Emilio Siri sur un scénario de Patrick Rotman traduit l'évolution des mentalités relatives à la compréhension de cette guerre en France. En effet, ce film diffusée en mars 2012 sur France 4 ne cache rien des atrocités de la guerre révélées par le film précédent. Il montre aussi bien le recours à la torture et les bombardements au napalm que les massacres de villages dissidents réalisés par le FLN (allusion au massacre Melouza sur lequel la lumière a été faite par Benjamin Stora dans son documentaire Les années algériennes (1991)). Il traduit néanmoins un important changement de perception du conflit. Le camp français et le camp algérien ne sont plus présentés comme aussi homogènes que dans la "Bataille d'Alger". Le film laisse une place aux Harkis, ces soldats algériens dans l'armée française, et met en évidence la diffusion de l'anticolonialisme au sein même de l'armée française incarné dans le film par le lieutenant Terrien. C'est une vision plus complexe de la guerre qui s'en dégage où l'ennemi intime est la part sombre qui se cache à l'intérieur de chaque belligérant. Il est à noter que le scénario du film est très largement inspiré des interviews réalisées par Patrick Rotman dans le cadre de son reportage du même nom diffusé sur France 3 en mars 2002 (malheureusement indisponible sur le net). Cependant, la rigueur intellectuelle n'est pas un gage de réussite commerciale pour un film. Il n'a en effet réalisé qu'un très faible score au Box Office en France (fréquent pour un film sur la guerre d'Algérie en France) et n'a pas été à l'origine de la même exposition médiatique que le film algérien Hors la loi (2010) de Rachid Bouchared. Ce dernier présente, comme l'a souligné l'historien Benjamin Stora dans le Journal l'Expression, certaines défaillances sur le plan de la rigueur intellectuelle malgré son indéniable mérite: rappeler les liens entre l'immigration ouvrière algérienne en France et la guerre d'Algérie. On notera par exemple le traitement trop rapide de la question berbériste (même si c'est la première fois qu'une production algérienne mentionne les crimes commis contre le MNA) ou la présentation des massacres de Setif et Guelma du 8 mai 1945 sous la forme du scoop passant ainsi sous silence le travail de l'écrivain Katheb Yacine pour les faire connaître à un public francophone depuis les années 1950 (Nedjma, 1956). A côté des débats enflammés qui ont accompagné ce film, le silence relatif qui a accompagné la sortie de L'Ennemi intime laisse perplexe. Ils ont cependant comme point commun d'avoir été des échecs commerciaux. Les véritables révolutions mémorielles se produisent-elles à pas de colombe?

Ci-joint l'Etude de cas sur le Grand Genève (1) réalisée par le Conseil local de développement du Genevois français sous la direction de Dominique Jacomino ainsi que le cahier élève (2). Il est nécessaire pour tous les élèves de première de télécharger ces dossiers. Une version papier leur sera fournie temporairement en cours.

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Depuis le début des années 2000, la coopération intercommunale transfrontalière s'intensifie dans la région de Genève. Avec plus de 900000 habitants, l'agglomération franco-valdo-genevoise rebaptisée Grand Genève en mai 2012 est un des principaux ensembles métropolitains de la région Rhône-Alpes. La question de l'aménagement de ce territoire est posée depuis les années 1970 dans le cadre du Comité régional franco-genevois. Mais c'est avec l'Association régionale de coopération du Genevois (ARC) en 2002 que l'idée d'une coopération communale transfrontalière décentralisée s'affirme véritablement. Cette association qui regroupe l'ensemble des communes française du Grand Genève cherche aujourd'hui à être reconnue comme un acteur majeur et participe au Groupement local de coopération transfrontalière créé en juin 2012. Elle est à l'origine d'un véritable projet d'aménagement de l'agglomération élaboré en commun avec le canton de Genève que décrit la vidéo associée à cet article.

Cependant, quelle est la part du rêve et de la réalité dans ce projet? Un aménagement permettant de lutter contre les déséquilibres entre le centre genevois et les périphéries françaises est-il possible sans une véritable participation citoyenne et sans intervention de l'Etat central?

Offrir sur l'actualité l'éclairage des précédents historiques, débusquer dans le passé des similitudes avec nos conjonctures contemporaines, rappeler des épisodes et des mutations qui trouvent, par les temps qui courent, des résonances inattendues, replacer dans la longue durée les événements, les émotions et les débats du présent, avec l'ambition d'aider ainsi à mieux les interpréter, c'est pour cela que Jean-Noël Jeanneney invite à son micro les spécialistes qui ont le goût de ces rapprochements et le talent de les faire servir à la réflexion civique.

Comme a pu le souligner l'historien Christophe Charle, le nom de cette émission n'est-il pas un étrange paradoxe si l'on estime que notre époque contemporaine est marquée par un nouveau régime d'historicité dont la caractéristique est justement la discordance des temps.

Vous retrouverez cette émission sur internet en suivant ce lien.

Grâce à cette mise en scène radiophonique réussie, Patrick Liegibel nous fait redécouvrir la vie de la résistante Rose Valland (1898-1980). Conservatrice du Musée du Jeu de Paume qui sert d'entrepôt aux forces d'occupation allemandes, elle inventorie les pillages artistiques mis en oeuvre par Alfred Rosenberg en France. Elle fournit ainsi de précieux renseignements afin d'éviter certaines destructions même si elle ne parvient pas à éviter l'autodafé du jeu de paume de 1943. Après guerre, elle participe à la Commission de récupération artistique en Allemagne. Devenue conservatrice des Musées nationaux en 1955, elle publie ses souvenirs de guerre sous le titre Le Front de l'art.

 

 

C'est en parcourant la biographie consacrée par l'historien Giorgio Vasari à Michel-Ange que l'écrivain contemporain Mathias Enard a découvert que ce dernier s'était rendu à Constantinople en 1506 suite à l'invitation du Sultan Bajazet II afin de construire un pont sur la Corne d'Or. Des relations difficiles avec le pape Jules II l'empêchaient alors de terminer le tombeau qu'il avait commandé. De cette histoire dont nous savons relativement peu de choses, Mathias Enard tire un roman historique fabuleux dans lequel il mêle la veine épique et la finesse des analyses psychologiques en imaginant intrigues et histoires d'amour multiples en écho au très beau titre de ce livre paru en 2010 : Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants (titre inspiré d'une citation de Rudyard Kipling). En cherchant à écrire dans les blancs de l'Histoire, Mathias Enard s'ancre dans la tradition française du roman historique associée aux noms d'Alexandre Dumas et de Marguerite Yourcenar. Il initie ainsi un dialogue avec la critique historique qui ne peut être qu'interpellée par ses intuitions intéressantes sur la postérité de ce voyage dans l'oeuvre de Michel-Ange: "En peinture comme en architecture, l'oeuvre de Michelangelo Buonarroti devra beaucoup à Istanbul. Son regard est transformé par la ville et l'altérité ; des scènes, des couleurs, des formes imprégneront son travail pour le reste de sa vie. La coupole de Saint-Pierre s'inspire de Sainte-Sophie et de la mosquée de Bayazid ; la bibliothèque des Médicis de celle du sultan, qu'il fréquente avec Manuel ; les statues de la chapelle des Médicis et même le Moïse pour Jules II portent l'empreinte des attitudes et de personnages qu'il a rencontré ici, à Constantinople."

Mais ce livre est aussi une prise de position politique. Le pont que devait construire Michel-Ange entre les deux rives de la Méditerranée et dont les fondations furent emportées par le tremblement de terre de 1509 trouve son prolongement dans ce livre. Mathias Enard, qui est professeur d'arabe à l'université autonome de Barcelone, est favorable à l'intégration de la Turquie dans l'Union Européenne dont on sait quels sont aujourd'hui les obstacles (La Turquie ne reconnait toujours pas le génocide arménien). Plus généralement, il refuse que l'Europe se construise sur une identité fermée peu conforme à son histoire. Son livre, qui a reçu le prix Goncourt des Lycéens, s'inscrit en réalité dans la polémique déclenchée par le livre partisan et intellectuellement peu sérieux de l'historien Sylvain Gouguenheim intitulé Aristote au Mont Saint-Michel paru en 2008 dont les présupposés semblaient peu conforme à l'idéal d'une éducation républicaine soucieuse de diversité culturelle. Il démontre que dans certains cas exceptionnels un bon roman peut être un excellent remède à un mauvais livre d'Histoire. Il alimente ainsi les réflexions de ceux qui s'intéressent aux questions relatives à l'histotainment dans nos sociétés contemporaines.


Pour compléter cet article, vous pouvez consulter l'excellente interview Interlignes proposée par curiosphere.

L’ambition de ce projet de Musée virtuel, à travers son traitement multimédia (analyse médias, interactivité, traitement en 3D, base média…), est avant tout de susciter chez l’internaute, notamment les jeunes, la curiosité et par la même l’esprit critique en confrontant, entre autres, différents types d’archives. L’idée étant également de montrer, à travers la mise en place d’outils pédagogiques, ce que sont les archives de la Résistance et en quoi consiste le travail historique.

L'article et les documents relatifs au Plan Montagnard est un bon exemple de l'intérêt du travail réalisé sur ce site.

La création de ce site est l'aboutissement d'un projet issu de l'Association pour des études de la résistance intérieure (AERI). L’AERI a été constituée en 1993 par quelques anciens résistants connus dans le but de transmettre les valeurs de la résistance. Parmi eux, Lucie et Raymond Aubrac, Jean-Bernard Badaire, Jacques Delarue, Maurice Plantier, Jean Pierre-Bloch, Serge Ravanel, Hélène Viannay.


La Résistance représente une image forte. Elle doit demeurer un symbole et une référence qui servent d’exemple pour les générations à venir. Cette épopée a été marquée par le courage des individus et leur capacité à se battre en dépit des menaces qui pesaient sur eux. Les résistants ont lutté pour des valeurs telles que les droits de l’homme et les libertés, la démocratie, l’indépendance nationale, le refus de tout régime autoritaire. Ils se sont engagés avec un sens poussé du devoir envers la société dans le refus de la fatalité et de la résignation.

La journée de la femme est officiellement fêtée en France le 8 mars depuis 1982. Cette date a été choisie par Yvette Roudy, la Ministre socialiste des droits de la femme de l'époque. En théorie, cette journée correspond à la Journée internationale de la femme fêtée depuis 1975 par l'ONU même si le choix de cette journée en particulier n'est pas obligatoire pour les Etats membres.

L'idée de créer une journée internationale de la femme a été exprimée pour la première fois dans le cadre du Congrès international des femmes socialistes de 1910 par la révolutionnaire allemande Clara Zetkin (voir l'excellent travail biographique réalisé à son sujet par l'historien Gilbert Badia). Il semble qu'elle ait repris l'idée d'une telle journée aux socialistes américaines. Les liens entre socialisme et féminisme étaient alors plus qu'étroits malgré leurs aspects problématiques. L'idée centrale de Clara en ce qui concerne cette journée est que "les femmes socialistes de tous les pays devaient l'organiser en accord avec les organisations politiques et syndicales" et que "l'objectif immédiat était l'obtention du droit de vote".

Cependant, aucun jour précis n'est encore déterminé en 1910. La première journée internationale de la femme fut en réalité fêtée le 18 mars 1911. C'est Lénine qui a pour la première fois désigné le 8 mars comme journée internationale de la femme en mémoire des événements révolutionnaires du 8 mars 1917 en Russie. En Occident où les sociétés sont encore très patriarcales, l'appropriation de la journée internationale de la femme par le mouvement communiste a pour conséquence son rejet. Ce dernier s'accroit pour des raisons évidentes en contexte de Guerre froide.

Toutefois, la création d'un mythe permet à la date du 8 mars de se diffuser au-delà du rideau de fer. D'après certains journaux occidentaux des années 1950, la journée du 8 mars aurait été choisie par Clara Zetkin bien avant 1917 pour commémorer une grève des ouvrières de l'habillement de New York ayant eu lieu à cette date-là en 1857. Les historiennes Françoise Picq et Liliane Kandel ont pu montrer que cette légende était entièrement fausse dans un article célèbre paru en 1982. Cette étude arriva cependant trop tard pour empêcher une cristallisation de la mémoire du féminisme occidental autour de la date du 8 mars.

Encore aujourd'hui, de nombreux hommes et de nombreuses femmes pensent célébrer la date qu'avait choisie Clara Zetkin pour symboliser le lien historique étroit entre les premiers pas du féminisme et la tradition socialiste. Quoiqu'il en soit, ces liens, aussi problématiques qu'ils furent, ont en effet existé comme le prouve la chanson féministe "Bread and Roses" inventée à l'occasion de la grève des ouvrières du textile de Lawrence en 1912 et que l'on chantait encore aux Etats-Unis dans les années 1960. Aux féministes d'aujourd'hui de trouver le sens qu'elles veulent donner à cette journée sans oublier la lutte de leurs prédécesseurs.

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