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La vie politique fourmille de personnages changeant au gré des majorités qui se font et se défont. Mais comment la girouette est-elle née dans la culture politique française? De quelle façon réapparaît-elle lors de chaque crise et de quelle manière désorganise-t-elle la vie parlementaire?

La littérature pourrait donner un début de réponse. Un personnage de fiction surgit au xixe siècle: le transfuge, qui, sous le visage de l’arriviste cynique, contribue au façonnement de l’archétype du «Judas politique» moderne. Pourtant tout n’est pas sorti de l’imagination des romanciers. Le transformisme idéologique provient de l’expérience traumatisante que les Français ont connue entre 1814 et 1816, lorsque se succèdent à une cadence soutenue Napoléon et Louis XVIII, lorsque les serments de fidélité ne durent que quelques semaines… Ce n’est pas la première fois que la France voit ses élites renoncer à leurs paroles. La monarchie puis la Révolution ont déjà été confrontées, de façon conflictuelle parfois, à la question de la fidélité religieuse d’abord, politique ensuite. Ce ne sera pas non plus la dernière fois, comme les événements de 1940 le montreront.

La girouette en soi vaut surtout par ce qu’elle révèle: la construction d’un pouvoir exécutif qui ne peut plus s’appuyer sur un pouvoir d’origine divine. Le personnage-caméléon incarne alors un technicien de la politique ou un professionnel de l’administration dont la vocation consiste à faire marcher la chose publique au-delà des opinions ou des contingences idéologiques. Pour cela, mieux vaut se trouver en un centre politique, mieux vaut être capable de s’adapter et de saisir rapidement les leviers du pouvoir en toutes occasions, afin de rejeter à la périphérie les radicaux et les perturbateurs de l’ordre public. L’authentique anomalie de la vie politique française ne serait pas cette lutte entre «blancs» et «rouges» depuis deux siècles, mais l’émergence d’un centre invisible et pourtant omniprésent.

Qui mieux que le général accomplissant le coup d’Etat du 19 brumaire a perçu cet «extrême centre» lorsqu’il résumait ainsi son programme politique: «Ni talons rouge, ni bonnet rouge»? Ce livre interroge finalement, de façon dérangeante mais nécessaire, la place de Bonaparte, éminent politique, au cœur de la construction républicaine française depuis deux cents ans.

source: http://www.champ-vallon.com/Pages/PagesChosePublique/Serna.html

On pourra lire en complément la recension proposée par Jean-Luc Chappey dans les Annales Historiques de la Révolution française.

Pour de nombreux Français, Bir Hakeim n'est qu'une station de métro parisien de la ligne 6. La récente guerre en Libye a cependant ravivé le souvenir de cet événement important de la Seconde guerre mondiale (cf. Le serment de Tobrouk).

Dès le 13 septembre 1940, le territoire libyen fut entraîné dans la guerre par une offensive italienne contre le Royaume d'Egypte où stationnent alors les troupes britanniques de la VIIIème armée. Comme en Grèce, l'opération est un cuisant échec qui pousse l'armée allemande à intervenir afin de stopper la contre-offensive des troupes britanniques menée par le général Montgomery.

L'Afrikakorps dirigé par le général Erwin Rommel débarque le 14 février 1941 à Tripoli avec pour mission de repousser les forces britanniques et de s'emparer du canal de Suez. Début juin 1942, les forces germano-italiennes poussent les troupes britanniques à évacuer Tobrouk. Dans leur repli, le risque est grand d'être encerclées et débordées par le Sud (voir carte ci-dessous).

C'est dans ce contexte que les troupes de la première brigade française libre remportent une victoire historique à Bir Hakeim. C'est la première victoire de l'armée française depuis la Bataille des Alpes contre l'armée italienne en 1940. Les troupes françaises opposent une résistance efficace à l'armée allemande du 26 mai au 10 juin. Elles permettent aux Britanniques de se réorganiser et d'attendre de salutaires renforts en chars et en hommes. Ce n'est qu'à la demande de repli britannique qu'elles se dirigent vers El-Alamein où elles remportent aux côté des Anglais une seconde victoire contre l'armée allemande.

En 1944, certains membres de cette première brigade participent à la libération du territoire français à partir d'août 1944 dans le cadre de la 1e DFL.

 

 

Pourquoi les Français et les Américains fêtent-ils la fin de la Seconde guerre mondiale en Europe le 8 mai (Victory Day in Europe) alors que les Russes la fêtent le 9 mai (День Победы)?

Cela peut être considéré comme la simple conséquence d'un décalage horaire. De fait, l'armée allemande a cessé le combat le 8 mai 1945  à 23h01 pour le fuseau horaire de Berlin, c'est-à-dire le 9 mai à 1h01 pour le fuseau horaire de Moscou.

Mais c'est aussi la manifestation de désaccords qui sont apparus à la fin de la guerre contre le nazisme entre les deux principaux membres de la Grande Alliance. De fait, Staline avait peu apprécié que la reddition de l'armée allemande soit signée à Reims le 7 mai 1945 au quartier général des forces alliées en Europe dont Eisenhower était le général en chef. Certes, l'acte de capitulation sans condition avait bien été signé par un représentant de Staline, le général Sousloparov. Cependant, celui qui se faisait alors appelé le Vojd (le guide en russe) y voyait la volonté de l'état major allemand (Hitler s'était suicidé le 30 avril 1945 après avoir affirmé que l'Allemagne ne méritait pas de lui survivre) de se rendre aux forces occidentales plutôt qu'à l'Armée rouge. C'est pour cette raison qu'une seconde reddition fut organisée dans la nuit du 8 au 9 mai 1945 à Berlin pour permettre de rédiger des actes de capitulation officiellement reconnus par tous les belligérants. Dès cette époque, Staline était soucieux d'éviter que le prestige symbolique de la Victoire contre le nazisme n'échappe à l'Armée rouge. Les prémices de ce qui allait devenir la Guerre froide était donc déjà présentes.

Avec le recul que rend possible aujourd'hui la fin de la Guerre froide, il est permis de souligner la spécificité de l'expérience soviétique dans le cadre du Second conflit mondial. L'Union soviétique est en effet le pays qui a connu le bilan humain le plus catastrophique. Plus de 20 millions de ses citoyens ont sacrifié leur vie afin d'infliger de lourdes pertes à l'armée allemande (85% des pertes militaires ont été subies sur le front de l'Est) et c'est bien l'Armée rouge qui s'est emparée de Berlin le 2 mai 1945 en commettant les crimes de guerre que l'on sait (voir l'article sur Une femme à Berlin). Ce que les Russes continuent a appelé la Grande guerre patriotique a ses spécificités dans le bon comme dans le mauvais sens du terme.

Pour compléter votre réflexion sur le sujet, vous pouvez avoir recours au ressources suivantes:

- Ressources documentaires sur la capitulation de l'Allemagne nazie et la Victoire de 1945 présentées par Jean-Paul Husson.

- Le dossier documentaire proposé par tv5.org sur le sujet.

La télécabine urbaine apparaît comme une success story rhône-alpine de dimension internationale. L'entreprise Poma, dont le siège social se trouve à Grenoble, est en effet de plus en plus sollicitée à travers le monde pour construire ce type d'équipement jusqu'ici associé à la Montagne. De fait, la construction d'une télécabine urbaine ou "tramway aérien" coûte deux fois moins cher que celle d'un tramway classique et possède une vitesse de déplacement comparable ou supérieure (22km/h).

On peut considérer que l'histoire du téléphérique urbain en Europe a commencé à Grenoble en 1934 avec le téléphérique de la Bastille. C'est en s'associant à cette entreprise à partir de 1976 que l'entreprise Poma a acquis un savoir-faire important dans ce domaine. Les demandes concernant ce mode de déplacement sont dans un premier temps venues des pays du Sud économique comme le Brésil (téléphérique du pain de Sucre depuis 1913), l'Algérie ou la Colombie. C'est le développement d'un téléphérique urbain à New York entre Roosevelt Island et Manhattan en 1976 et surtout le renouvellement du projet en partenariat avec Poma sous les auspices du développement durable et de l'écomobilité à partir de 2010 qui a définitivement changé l'image du téléphérique urbain.

Le tramway aérien est aujourd'hui considéré comme un des éléments les plus prisés du paysage urbain des métropoles soucieuses de garantir un cadre de vie agréable à leurs habitants. C'est ainsi que le STIF soutient en région parisienne le projet d'un téléphérique urbain pour le Val-de-Marne depuis 2012 et que le Grand Genève vient d'en découvrir les vertus (voir article ci-dessous). En ce qui concerne ce projet, il faut souligner que l'initiative en revient à la commune de Ferney-Voltaire qui propose depuis maintenant quelques années la construction d'un tramway aérien entre son territoire et celui de la commune suisse de Meyrin afin de favoriser une relation multimodale avec le réseau de tramway genevois.

Vous trouverez ci-dessous une chronologie de la Guerre d'Algérie.

Vous trouverez ci-dessous des chronologies concernant la France et le monde pendant la Seconde guerre mondiale. Ces chronologies doivent être apprises et maîtrisées.

 

Les photos de Hitler réalisées par son photographe personnel Heinrich Hoffmann pendant l'entre-deux-guerres sont bien connues du grand public et il y en a de nombreuses interprétations (cf. Le charisme de Hitler de Charlotte Denoël ou encore A feu et à sang d'Enzo Traverso). La photo de l'Odeonsplatz (voir grand format) est moins célèbre car plus difficile à analyser. Il est possible d'y voir un Hitler exalté qui participe au rassemblement nationaliste de l'Odeonsplatz à Munich au lendemain de la déclaration de guerre de l'Allemagne contre la Russie (2 août 1914).

Pour bien comprendre cette photo, il est intéressant de la comparer à cet extrait du documentaire The Fatal Attraction of Adolf Hitler (1989) qui filme en plan large la même place le même jour. On observe tout d'abord que ce rassemblement nationaliste est d'une taille relativement réduite: un tramway parvient à circuler sans encombre sur la place. Malgré tout, les hommes semblent relativement enthousiastes au passage de la caméra. Cela témoigne de l'importance du nationalisme dans la société allemande au moment de l'entrée en guerre. Un homme au milieu de la foule ressemble à Hitler. Cela ne peut cependant pas être considéré comme une preuve absolue car le film est particulièrement flou.

De fait, de nombreux historiens comme Gerd Krumeich ont des doutes sur la véracité de cette photo. Ils font tout d'abord remarquer que la photo correspond trop bien au discours de propagande du parti nazi dans l'entre-deux-guerres: le nazisme cherchait à se présenter comme l'idéologie des héros de la Première guerre mondiale afin de mieux vilipender la République de Weimar présentée comme le régime des traîtres.

D'autre part, Hitler ne connaissait pas Heinrich Hoffmann en 1914. Il ne l'a rencontré qu'en 1929. Ce dernier n'avait donc aucun intérêt à mettre Hitler en scène dans son cliché. Il a d'ailleurs fait paraître dans un premier temps des photos de ce rassemblement où Hitler était absent. D'autre part, Gerd Krumreich n'a jamais retrouvé le négatif de la photo et a pu montré grâce à un travail effectué dans les archives bavaroises que Hoffmann avait retouché certaines de ces photos. Il considère que la photo aurait probablement été modifiée au début des années 1930.

Si c'est le cas, la qualité de la retouche est bien supérieure à celle dont étaient capables les ateliers de Staline à la même époque. Ce document nous informe donc tout autant sur l'histoire du nazisme que sur l'histoire de la photo. On notera cependant que le trucage photographique est aussi ancien que la photo elle-même comme le montre de façon amusante cette collection insolite de portraits proposée par la boiteverte.fr.

 

Pour en savoir plus, vous pouvez lire l'article ci-dessous en allemand.

La source audiovisuelle est d’une richesse irremplaçable pour l’enseignement de l’histoire du XXe siècle. L’histoire politique ne peut pas se priver d’étudier ces moyens d’information et de propagande que constituent les médias audiovisuels. L’histoire culturelle ne peut négliger l’émergence de la culture de masse dont le développement paraît inexorablement lié aux médias de masse. L’histoire des mentalités ne peut se priver de l’incidence des médias sur les comportements sociaux et sur les représentations.

Pour les images d’actualités diffusées dans les cinémas ou à la télévision, l’intérêt a été plus tardif. Pour des raisons d’ordres divers, les historiens n’ont pas cru bon de s’intéresser à la télévision comme source d’histoire. Néanmoins, depuis une trentaine d’années, la prise de conscience s’est faite progressivement que l’image et le son avaient acquis une importance trop évidente pour que l’apport en soit négligé par l’histoire de notre temps.

Les documents proposés sont issus de sources diverses. Ils proviennent soit de la presse filmée (Pathé, Gaumont, Actualités françaises) diffusée dans les salles de cinéma et parfois reprise par la télévision, soit d’images (magazines d’information, journaux télévisés, documentaires) tournées et diffusées pour et par la télévision française (RTF, ORTF, puis les chaînes qui lui ont succédé depuis 1975) ou encore de fonds radiophoniques.

Avec l'invention de la photographie et du cinématographe, l'armée s'interrogeait depuis la fin du XIXème siècle sur la possibilité de filmer la guerre, sans doute plus à des fins de renseignement militaire qu'à des fins de propagande.

La Première Guerre mondiale marque la naissance de l'audiovisuel militaire et l'évolution vers un cinéma de propagande. Au début de la guerre, l'activité cinématographique fut totalement suspendue, pour des raisons matérielles (réquisitions des studios et des usines de pellicules) et militaires (les autorités militaires interdisent toute prise de vue dans la zone des armées). Les images de l'année 1914 sont ainsi soit des reconstitutions postérieures, soit des images isolées prises par des cameramen mobilisés. La fin de la guerre de mouvement constitue un tournant avec la nécessité d'informer l'opinion d'un conflit qui s'éternise tout en essayant de mobiliser la population au service de l'effort de guerre. En février 1915 sont créées la Section photographique de l'armée (SPA) et la Section cinématographique de l'armée (SCA). Les prises de vues tournées sont ensuite passées au crible de la censure militaire avant d'être mises à la disposition des sociétés Gaumont, Pathé, Eclair…qui montent les sujets et assurent leur projection dans les salles. La manière de filmer le conflit évolue au cours de la période. En 1915, pour des raisons techniques (difficultés de se déplacer avec les caméras) et de censure (maintien de l'interdiction de filmer les zones de combats), la grande majorité des reportages porte sur des scènes se déroulant à l'arrière des lignes (manœuvres, démonstrations d'artillerie…). En 1916, lors de l'offensive de la Somme, cameramen et photographes sont pour la première fois autorisés à filmer en première ligne. Les images deviennent ainsi plus réalistes mais la vision des combats restait forcément limitée, s'arrêtant en bordure du champ de bataille. La censure continue également à veiller à ce que l'on ne montre pas d'images trop violentes (il était ainsi interdit de montrer des morts, sauf s'il s'agissait de soldats ennemis). A la fin du conflit, même s’ils continuent d’offrir une vision très restrictive de la guerre, les reportages apparaissent beaucoup moins naïfs et plus réalistes. Les spectateurs de toute façon n'étaient pas dupes et savaient très bien différencier les images réelles des mises en scènes et reconstitutions.

Les documents l’entre deux guerres sont issus des journaux de presse filmée diffusées par les sociétés Pathé et Gaumont et de sources radiophoniques comme Radio PTT.

Pour la période 1940-1969 les documents proviennent majoritairement du fonds de la presse filmée dont a hérité l’Ina (Actualités françaises). Les Actualités Mondiales furent fondées en juillet 1940. Elles prendront le nom de France Actualités en août 1942 et de France libre Actualités en 1944 avant de prendre le titre des Actualités françaises dès 1945. Cette société disparaît en 1969. Son fonds d’archives est acquis par l’ORTF. Ces années sont celles de l’âge d’or de la presse filmée. La télévision est en effet très loin de couvrir l’ensemble du territoire national et fait encore figure de média sans public. L’équipement des Français est lent. En 1949, on recense 37 000 récepteurs; en 1953, 60 000, avec l’effet bénéfique de la retransmission en direct du couronnement d’Elisabeth II le 2 juin 1953. L’heure est encore à l’écoute collective dans le cadre des télé-clubs qui regroupent les téléspectateurs à l’échelon local (quartier ou village), dans une mairie, dans une école. A contrario, les salles de cinéma attirent un public important et régulier, assurant aux journaux hebdomadaires d’actualités un public fidèle et assidu. Les journaux des Actualités françaises sont composés d’images tournées par leurs propres équipes en place mais également des sociétés concurrentes de presse filmée (Pathé, Eclair et Fox). Des sujets généralement très courts (40 secondes), très enchaînés, couvrent l’information politique dans ses aspects les plus institutionnels.

A partir des années 60, les documents provenant du fonds de la télévision française (RTF/ORTF/chaînes nationales hertziennes) se substituent progressivement aux sujets de presse filmée. Il faut en effet attendre la fin des années 50 pour que la télévision devienne le média dominant. De 1958 à 1968, le taux d’équipement des ménages passe de 5 % à 62 %, tandis que le réseau se développe, qu’on inaugure la seconde chaîne (1964), puis la couleur (1967). Progressivement, la télévision devient la source d’information dominante. Et elle apparaît vite comme un outil taillé à la mesure du nouveau régime présidentialiste. Avec le général de Gaulle, la télévision devient un canal privilégié de la communication élyséenne. Dès lors, l’enjeu « télévision » croît : la stabilité du régime, les tensions résultant des guerres de décolonisation et la conviction de plus en plus répandue que la télévision exerce une influence décisive, politisent plus encore le débat sur l’audiovisuel. Gaullisme d’Etat rime donc avec contrôle, particulièrement pour ce qui touche à l’information télévisée. Les directeurs de l’information, «politiques journalistes» d’obédience gaulliste, se succèdent à un rythme rapide. Le JT (Journal Télévisé), aux accents gaulliens, est fade; l’opposition y est proscrite, les conflits sociaux étouffés et l’image de la France étroitement filtrée. La censure est chronique. La télévision reste considérée, dans une conception héritée de la IVe République qui choque peu, comme un «instrument magnifique de soutien de l’esprit public», (de Gaulle, 1963). L’information devient un genre essentiel. Quelques signes annoncent un desserrement de l’emprise politique. La campagne présidentielle de 1965 en est une clé. Dès 1966 Face à Face (formule américaine des Meet the Press) inaugure le pluralisme télévisuel. La libéralisation se traduit encore dans l’évolution de la production de magazines : Cinq Colonnes à la Une (1959), Zoom (1965) jouissent d’une plus grande liberté de ton et de mouvement. Cela dit, ils continuent d’éviter la politique intérieure avec soin, s’en tenant à leur secteur de liberté : l’étranger, l’économie, les sciences et les phénomènes de société.

Après 1968, l’histoire de la télévision s’accélère. La création de deux unités autonomes d’information dirigées par Pierre Desgraupes (1ère chaîne) et Jacqueline Baudrier (2ème chaîne), marque une étape essentielle dans le processus de libéralisation de l’information télévisée et permet de briser «le tabou de la télévision une et indivisible». L’idée de concurrence, implicitement contenue dans l’acceptation du principe de multiplication des chaînes, s’accroît encore avec la création de deux directions autonomes (1970).

Cette évolution est consacrée par la réforme de 1974. En substituant à l’ORTF sept unités de taille opérationnelle fonctionnant comme des sociétés privées avec des obligations de service public (TF1, A2, FR3, Radio France, SFP, INA,TDF), cette loi représente à la fois l’aboutissement d’un processus et une rupture importante dans l’histoire de la télévision française. Si les nouvelles chaînes, emportées par la concurrence, ont plus d’autonomie de gestion, les postes clefs seront, pour l’essentiel, toujours réservés à des professionnels de confiance. L’information politique se transforme. L’équilibre des temps de parole est désormais à peu près respecté, le droit de réponse et le droit de réplique institués. En outre, dans le temps où le débat politique se déplace du Parlement vers les médias audiovisuels, on assiste à une relative professionnalisation de la communication politique. Le duel entre les deux présidentiables de 1974 est la matrice de cette mutation essentielle qui transforme les rencontres politiques en grandes messes audiovisuelles. De leur côté Cartes sur Table, Le Club de la Presse familiarisent le défilé des politiques. Et quand ces derniers s’initient aux règles du débat audiovisuel, les journalistes découvrent la liberté de ton, la critique. Toutefois, les tensions internes à la majorité et la proximité d’échéances électorales décisives entraînent d’inévitables périodes de resserrement du contrôle.

A partir de 1981, le paysage audiovisuel français se transforme. La loi du 29 juillet 1982 consacre la fin du monopole d’Etat, mais la nouvelle liberté est strictement «encadrée» et la logique de service public prévaut. Cependant, la machine s’emballe sans qu’aucune réflexion théorique et critique ne soit véritablement menée. La publicité est accordée aux radios locales (1984), des chaînes privées sont créées : Canal + en 1984, la Cinq et la Six en 1986, accompagnées par la loi sur les télévisions locales privées (1985). La révolution est complétée par un ambitieux plan câble et la réactivation des négociations sur la diffusion satellitaire. La logique libérale qui prévaut avec le retour la majorité UDF-RPR de 1986 accentue la privatisation. Celle de TF1, emblématique, la disparition de la concession de service public puis la privatisation d’Havas (qui entraîne celle de Canal +, jusqu’alors contrôlée majoritairement par des capitaux publics) abattent définitivement le vieux système. La réélection de François Mitterrand n’entrave pas cette évolution malgré deux réformes (1989). La création d’ARTE en 1992 et son installation sur le réseau hertzien apparaît comme le dernier sursaut culturel du service public. Néanmoins, la mutation a ouvert une nouvelle plaie : l’équilibre entre les deux secteurs est introuvable. Le secteur public, concurrencé, cherche une identité en dépit de l’institution d’une présidence commune (1989) et de la holding France télévision (1992) destinées à renforcer sa cohésion. Quant au secteur privé, il n’atteint pas la stabilité comme le prouve la mort de la Cinq en 1992.

Avec la concurrence, le ton change. La multiplication des chaînes thématiques pour les jeunes, les amateurs de sport ou de cinéma bouleversent les habitudes. Même si les chaînes généralistes continuent de dominer le marché, la nature même de leurs programmes s’est modifiée évoluant d’une télévision de rendez-vous à une télévision de flux. Les vieux genres télévisuels sont bousculés. La télévision se fait d’abord divertissante à toute heure. Les dramatiques, les feuilletons sont supplantés par les fictions et les séries américaines, l’information-spectacle et les reality shows qui caractérisent désormais cette nouvelle télévision.
Les habitudes des téléspectateurs se modifient également. Ce n’est pas tant la quantité regardée : 213 minutes par jour et par personne en 2003 contre 132 minutes en 1976. Mais le multi-équipement favorise l’écoute individuelle au détriment de l’écoute collective. On choisit désormais plus vite, on zappe (4/5 des ménages ont une télécommande, plus de 60% un magnétoscope).

Cette croissance de la télévision a suscité et suscite encore beaucoup d’inquiétude quant à son influence grandissante sur les comportements politiques, sociaux, culturels, moraux des téléspectateurs. En dépit des nombreuses recherches menées, en particulier par les sociologues américains, cette influence reste très difficile à mesurer. Toutefois, les chercheurs s’accordent désormais pour dire que les médias de masse renforcent les opinions plus qu’ils ne les modifient. Cela étant, les médias audiovisuels ont sans nul doute élargi la vision des individus en construisant, selon la formule de Jean Cazeneuve, «la société de l’ubiquité».

Agnès Chauveau, Fabrice Grenard

source: http://www.ina.fr/fresques/jalons/historique-des-sources

Avec plus de 1200 archives audiovisuelles contextualisées, les Jalons pour l'histoire du temps présent traitent les principales thématiques de l'histoire du XXe siècle. Cependant, s'ils sont tout particulièrement destinés aux enseignants d'histoire et à leurs élèves, beaucoup de ces documents peuvent évidemment être utilisés dans d'autres contextes d'éducation : lettres, sciences économiques et sociales, éducation civique, géographie, sciences de la vie et de la terre, sciences physiques, etc. D'autres publics y trouveront également matière à penser, à se souvenir, à découvrir : citoyens curieux, journalistes, universitaires.

A partir de plus de 600 sites sélectionnés pour l'intérêt et la fiabilité parfois orientée de leurs publications, le moteur de recherche "Diderot" permet de réaliser des exposés et autres travaux ou recherches en Sciences Humaines:

Le moteur de recherche a été amélioré par ses concepteurs et possède un site indépendant.

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Attention à conserver malgré tout un regard critique!!!
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