Internet: une nouvelle relation aux sources de l'information Google: Histoire d'un géant d'internet.
Dimanche, 26 Décembre 2010 15:44

Google: Histoire d'un géant d'internet.

Rédigé par  JL
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Comprendre l'histoire du géant Google depuis sa fondation en 1998, c'est aussi, comme le souligne Jean-Noël Jeanneney, se confronter au défi que cette entreprise américaine surpuissante lance à l'Europe. Cette société, dont le siège social est installé à Moutain View en Californie, est aujourd'hui une des 100 premières firmes mondiales en termes de chiffre d'affaires (autour de 24 milliards de dollars en 2009). Elle possède le parc de serveurs le plus important du monde (près d'un million répartis sur 32 sites en 2010). Pour la même année, le moteur de recherche compte plus de 1000 milliards de pages indexées et totalise 6,4 % du trafic internet. Google diffuse et archive des messages dont les plus anciens remontent à 1981. Comme le souligne sa propre page de présentation, "Google a pour mission d'organiser les informations à l'échelle mondiale dans le but de les rendre accessibles et utiles à tous.".

Cette ambition démesurée de la part d'une entreprise privée qui joue sur son image de symbole de l'open source (service gratuit) a suscité bien des intérêts mais aussi des inquiétudes de la part des opinions publiques à l'échelle mondiale. Les avantages d'un tel outil ne sont plus à démontrer. Cependant, il est certain que sa situation de quasi-monopole peut justifier certaines craintes. Comment proposer une réponse européenne adéquate à ce défi numérique venu des Etats-Unis?

Jean-Noël Jeanneney souligne fort à propos qu'une confiance aveugle en Google équivaut à un recours systématique et critiquable aux forces du marché en courant le risque de négliger les intérêts de l'Etat et de la Nation. Il est intéressant de souligner que l'application stricte d'une telle philosophie n'aurait pas permis la naissance du célèbre moteur de recherche. Il n'a en effet pu être développé par les étudiants de Stanford Sergey Brin et Larry qu'à l'aide de fonds fédéraux versés notamment par la National Science Foundation. Dans la même perspective, il est assez piquant de remarquer, quand on connait le rôle que joue la publicité dans les recettes de Google, que les deux étudiants sont aussi les auteurs d'un retentissant article concernant les effets pervers du seul financement privé sur le fonctionnement d'un moteur de recherche.

Pourtant, c'est bien la seule logique de marché plus agressive que ne veut le faire croire le slogan de l'entreprise ("Don't be evil!") qui explique que Google ait pu bafouer à plusieurs reprise les droits d'auteur dans le cadre du juteux projet Google Books. Le 18 décembre 2009, Google a été condamné à payer 300 000 € de dommages et intérêts aux éditions du Seuil, Delachaux et Niestlé et Harry N. Abrams, ainsi qu'un euro à titre de préjudice au Syndicat national de l'édition (SNE) et à la Société des gens de lettres (SGDL) pour avoir reproduit intégralement certains ouvrages et rendu accessibles des extraits de certains autres sans l'autorisation des ayants-droit. Le tribunal de grande instance de Paris a également interdit à Google de poursuivre la numérisation d'ouvrages sans l'autorisation des éditeurs .

A partir de 2006, le géant Google s'est encore agrandi en rachetant Youtube. Cette prise de contrôle implique l'entreprise américaine dans d'autres problèmes qui ne se réduisent pas au respect des droits d'auteur. Une représentation naïve de ce média rapproche souvent son interdiction de l'hostilité des pays concernés (Iran, Chine, Turquie) à la philosophie des droits de l'homme et à la liberté d'expression telle qu'elle est pratiquée aux Etats-Unis. En réalité, la situation est beaucoup moins claire. Rappelons que Youtube a été condamné par le tribunal de la ville de Komsomolsk-sur-amour en juillet 2010 pour avoir diffusé des contenus racistes en direction des internautes russes. Google n'est pas exempt de tout reproche non plus dans ce domaine. Le scandale du traitement des informations relatives aux événements de la place Tienanmen par la version Google.cn en accord avec les autorité chinoises en 2006 le montre assez. De son côté, la justice française a indiqué par un jugement de septembre 2010 que les associations proposées par le moteur de recherche pouvait être considérées comme diffamatoires dans certains cas.

Enfin, la stratégie territoriale d'"optimisation fiscale" de Google en contexte de crise économique est très critiquée. En 2009, Google est parvenu à abaisser son taux d'imposition à 2,4% sur ses activités hors États-Unis, grâce à sa filiale irlandaise par laquelle transitent 88% de ses activités internationales d'après des informations rapportés par Bloomberg.

Cette brève histoire du moteur de recherche nous montre à quel point son image de géant économique luttant pour la démocratie doit être relativisée. Elle pose sans doute le problème de la création d'un moteur de recherche européen contrôlable démocratiquement en fonction de normes européenne tant sur le plan politique que sur le plan juridique. C'est à ce problème que devrait réponde le projet Quaero en 2013.

 

Source:

- Jean-Noël Jeanneney, Quand Google défie l'Europe, 2010, Mille et une nuits.

- Article wikipedia sur Google

Dernière modification Dimanche, 26 Décembre 2010 18:49

JL

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