Histoire des Arts Le Radeau de La Méduse: un manifeste antiesclavagiste.
Dimanche, 03 Février 2013 12:17

Le Radeau de La Méduse: un manifeste antiesclavagiste.

Rédigé par  JL
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Cette peinture à l'huile sur toile réalisée en 1819 est le tableau le plus célèbre du peintre Théodore Géricault que l'écrivain français Louis Aragon dépeignit comme un véritable James Dean du XIXème siècle dans son roman La Semaine Sainte (1958). De fait, sa vie fut brève et intense. Il mourut à 32 ans des suites d'un accident de cheval. Au-delà du génie de ses toiles, Géricault avait toutes les qualités pour devenir un mythe. Jeune homme romantique et fougueux, amoureux de la vitesse et d'une beauté ténébreuse, Géricault avait tout du héros romanesque que dépeignait au même moment Stendhal dans ses romans. A ce tableau général, il faut ajouter le fait que Géricault laissa bien peu d'archives personnelles derrière lui, ce qui l'enveloppa d'une aura de mystère et stimula l'imagination de tous ceux qui voulurent le récupérer.

C'est au Radeau de La Méduse que s'intéressèrent en priorité les critiques et les historiens tant du vivant du peintre qu'après sa mort. Ce dernier ne crut jamais bon de leur répondre officiellement et nous ne connaissons son avis qu'en nous appuyant sur la reproduction d'une lettre à son ancien condisciple Musigny où le peintre réfute toutes les interprétations politiques simplistes de son oeuvre sur un ton qui semble ouvrir la voie à la théorie de l'art pour l'art. Rien donc qui n'ait pu empêcher ses contemporains de projeter leurs fantasmes sur sa toile.

Dans la lignée de ce que prétendit le critique d'art Augustin Jal peu après le salon de 1819, l'écrivain Jules Michelet vit en ce tableau un manifeste hostile à la Restauration. Il écrivit en 1848 à son sujet: « C’est la France elle-même, c’est notre société tout entière qu’il embarqua sur ce radeau de la Méduse... ». Les journaux conservateurs et royalistes de leur côté reprochèrent à Géricault la peinture de corps en putréfaction pour laquelle le peintre avait minutieusement étudié les corps agonisants de l'hôpital Beaujon. Force est de constater que l'opposition du peintre à ces journaux est non seulement politique mais aussi esthétique.

Ce n'est qu'avec le recul que les critiques d'art s'intéressent à un autre élément de ce tableau: l'esclave noir agitant le drapeau de la détresse en direction de l'horizon. C'est du moins ce que déclare le critique d'art Bruno Chenique à l'occasion d'une exposition organisée au Marq de Clermont en 2012: « A l’époque, aucun critique n’a relevé que le héros du tableau était un Noir, une audace inimaginable dans le contexte ultra-raciste de l’époque. Mais, en regardant bien, il est métis, ce qui est encore plus osé. Car le métissage, c’est la ruine de l’esclavagisme. Géricault laisse un message : le métissage est l’avenir du monde.». De fait, le peintre Géricault a réalisé en 1823 une étude sur le sujet de la traite des noirs peu connue du grand public.

Ce type de problématique rencontre aujourd'hui un intérêt plus important du grand public grâce à l'adoption d'une journée commémorative du souvenir de l'esclavage et de son abolition depuis la loi taubira de 2001.

En complément, on regardera avec profit les deux vidéos ci-dessous ainsi que ces deux articles:

- Dossier des archives d'outremer sur les naufragés de La Méduse.

- Amet Crékiba, un Maure au grand coeur.

On pourra compléter sa réflexion sur l'esclavage grâce à l'article suivant.

Dernière modification Dimanche, 03 Février 2013 16:32

JL

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